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Le réseau juif européen pour Israël, pour la paix
et pour la solution à deux Etats

Jewish European network for Israel, for peace
& for the two States solution

Version française (please see English version below)

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La cérémonie israélo-palestinienne du souvenir des morts des guerres et des attentats a rassemblé cette année près de 8000 personnes à Tel Aviv, y compris une délégation de 90 palestiniens autorisée à y assister suite à une décision de la Cour Suprême qui s’était opposée à la décision du ministre de la défense, Avigdor Lieberman, de leur interdire l’accès. Nous ne pouvons que nous réjouir de cette décision qui a permis à toutes ces familles, israéliennes et palestiniennes, qui ont perdu des proches de commémorer ensemble leur perte.

Le point culminant de cette cérémonie a été le discours de l’écrivain David Grossman qui a perdu son fils Ouri le dernier jour de la guerre du Liban en 2006 : un discours magnifique et émouvant que nous vous invitons à retrouver dans sa version anglaise sur notre site.

Nous retirons de ce texte une phrase qui exprime, plus que n’importe quelle autre, notre engagement au sein de JCall :

« Après 70 ans, et d’extraordinaires réalisations dans tellement de domaines, Israël est fort et peut être même une forteresse, mais pas encore une maison. Le chemin pour résoudre l’immense complexité de nos relations entre Israël et les Palestiniens, peut se résumer en une formule brève: Si les Palestiniens n’ont pas de maison, les Israéliens également n’en ont pas. Et le contraire est aussi vrai : Si Israël n’a pas de maison, la Palestine aussi n’en aura pas. »

En ce jour de Yom Atsmaout nous nous réjouissons avec tout le peuple d’Israël et fêtons avec lui ce jour de l’indépendance. Mais Israël ne sera véritablement indépendant que le jour où il cessera d’occuper un autre territoire et que les Palestiniens auront leur pays.

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Nous vous rappelons que nous organisons le samedi 28 avril 2018, à la mairie du 4e arrondissement de Paris, un colloque sur le thème “Israël, la démocratie menacée?

À titre de préparation à ce colloque, voici un texte provenant d’un article du professeur Aharon Barak, ancien président de la Cour suprême d’Israël, publié le 16 février 2018 dans le quotidien israélien Haaretz. L’expression “les valeurs d’Israël en tant qu’État juif et démocratique”, qui est au centre de l’article, ne désigne pas un sujet de réflexion politique ou philosophique mais un élément normatif tant du droit public que du droit privé israéliens (l’autorité de la Cour suprême s’exerçant dans les deux domaines). De ce fait, une brève introduction est nécessaire pour le lecteur non familier du droit israélien.

Lors de la création de l’État d’Israël, la première assemblée législative (Knesset) ne put parvenir à un accord sur la rédaction d’une Constitution. Il fut donc décidé que la Knesset adopterait progressivement une série de “Lois Fondamentales” portant sur des sujets déterminés, la réunion de ces Lois Fondamentales devant, le jour venu, être la Constitution de l’État. À ce jour, quinze Lois Fondamentales ont été adoptées.

Les Lois Fondamentales sur “La dignité et la liberté humaines” et sur “La liberté d’agir et entreprendre” ont été adoptées toutes deux en 1992. C’est sur la base de ces deux lois que se produisit en 1995 la “révolution constitutionnelle” par laquelle la Cour suprême (dont Aharon Barak venait d’être nommé président) considéra que les Lois Fondamentales avaient un statut supérieur aux autres, et qu’un tribunal pouvait désormais considérer comme nulles les prescriptions d’une loi ordinaire si celles-ci étaient en contradiction avec une Loi Fondamentale.

Or les deux Lois Fondamentales de 1992 se réfèrent expressément aux “valeurs d’Israël en tant qu’État juif et démocratique”. Ces “valeurs” ont ainsi acquis, dans le droit israélien, un statut analogue à celui du préambule de la Constitution française. C’est à leur lumière que la Cour suprême se prononce sur la constitutionnalité des lois ordinaires, et qu’ensuite elle les interprète. La lecture qu’en donne Aharon Barak est donc essentielle pour comprendre les fondements d’Israël comme État de droit, à un moment où le gouvernement israélien tente de modifier la législation afin de limiter les compétences de la Cour suprême.

Meïr Waintrater

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Aharon Barak

Les valeurs d’Israël en tant qu’État juif et démocratique

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a. Les valeurs d’Israël en tant qu’État juif

Les valeurs d’Israël en tant qu’État juif le distinguent des autres États démocratiques. Les États démocratiques sont nombreux, mais seul Israël est un État à la fois démocratique et juif. “L’État juif” est l’État du peuple juif. C’est un État où tout Juif a le droit d’immigrer, et le Rassemblement des exilés est l’une de ses valeurs fondamentales. C’est un État dont l’histoire est intimement liée à l’histoire du peuple juif, dont la langue principale est l’hébreu, et dont les fêtes principales sont le reflet de sa résurrection nationale. C’est un État qui place au sommet de ses préoccupations l’installation des Juifs dans ses campagnes, dans ses villes et dans ses villages. C’est un État qui perpétue le souvenir des Juifs assassinés dans la Shoah, et qui a été conçu pour apporter “une solution au problème du peuple juif, privé de patrie et d’indépendance, par le rétablissement de l’État juif dans le pays d’Israël” [extrait de la Déclaration d’Indépendance de l’État d’Israël – M.W.].

C’est un État qui entretient la culture juive, l’éducation juive et l’amour du peuple juif. C’est un État dont les valeurs sont la liberté, la justice, la droiture et la paix, telles qu’elles sont transmises par la tradition juive. C’est un État dont le livre fondamental est la Bible, et dont la morale repose sur la vision des prophètes juifs. C’est un État où le droit hébraïque joue un rôle important. Un “État juif” est un État qui a parmi ses valeurs fondamentales les valeurs de la Torah, les valeurs de la tradition juive et les valeurs de la Loi religieuse juive.

Ayant ainsi développé le sens de l’expression “les valeurs d’Israël en tant qu’État juif”, on parvient à la conclusion que ces valeurs ont deux aspects essentiels: un aspect sioniste, et un aspect religieux ou traditionaliste. Le sionisme, d’une part, et la Loi juive d’autre part, ont imprimé leur marque sur la nature juive de l’État d’Israël. Ces valeurs se manifestent à divers niveaux d’abstraction, depuis une règle religieuse spécifique relative à un cas donné jusqu’à des enseignements généraux tels que “Tu aimeras ton prochain comme toi-même” [Lévitique, 19:18] ou “Fais ce qui est juste et agréable aux yeux du Seigneur” [Deutéronome, 6:18]. Parmi ces valeurs, certaines sont particularistes et d’autres sont universelles; il y a des valeurs qui se sont développées au cours de l’histoire du peuple juif; il y a, bien évidemment, des valeurs complémentaires et des valeurs contradictoires; c’est tout un univers.

b. Les valeurs d’Israël en tant qu’État démocratique

Le concept “les valeurs d’Israël en tant qu’État démocratique” est extrêmement complexe. La démocratie repose sur deux piliers. Le premier est la souveraineté populaire. Cette souveraineté est mise en œuvre par des élections libres et égales, tenues à des intervalles de temps réguliers, et dans lesquelles le peuple élit des représentants qui réaliseront ses aspirations. La démocratie, dans ce sens, s’identifie à la règle de la majorité et au rôle central joué par l’instance législative au sein de laquelle agissent les représentants du peuple. C’est là un élément dont l’importance est essentielle, puisqu’en son absence le régime n’est pas démocratique.

Le second pilier de la démocratie consiste en la prépondérance assurée à des valeurs clés qui caractérisent la démocratie, telles que la séparation des pouvoirs, la primauté du droit et l’indépendance du pouvoir judiciaire. Un facteur central, dans ce contexte, est la préservation des droits de l’homme – les droits du “je”, de l’individu, de l’être humain en tant que tel. Sans reconnaissance des droits de l’individu, il ne peut y avoir de démocratie. La démocratie repose sur le fait qu’en son sein chaque individu jouit de droits dont même la majorité ne peut le priver au seul prétexte du pouvoir de la majorité. La démocratie a sa propre morale interne, et en l’absence de celle-ci le régime n’est plus démocratique. Si on supprime le pouvoir de la majorité, on porte atteinte à la nature même de la démocratie. Si on supprime le pouvoir des valeurs fondamentales, on porte atteinte à l’existence même de la démocratie.

Entre les deux piliers de la démocratie, il existe une tension qui tient à la nature des choses. La solution de cette tension ne consiste pas à donner à la majorité le pouvoir de faire ce qu’elle veut, ni à soustraire l’individu au pouvoir de la majorité. La solution réside dans l’exercice mesuré du pouvoir de la majorité, et dans une limitation mesurée des droits de l’individu. Il n’y a pas de démocratie sans pouvoir de la majorité; mais il est interdit que le pouvoir de la majorité se transforme en tyrannie de la majorité. Il n’y a pas de démocratie sans protection des droits de l’homme; mais les droits de l’homme s’exercent dans le cadre d’une société qui doit atteindre des objectifs communs. La démocratie n’est pas seulement le pouvoir de la majorité, et la démocratie n’est pas seulement la protection des droits de l’homme.

c. Les relations entre les systèmes de valeurs

Quelle est la relation entre les valeurs d’Israël en tant qu’État juif et les valeurs d’Israël en tant qu’État démocratique? Une approche constitutionnelle interprétative impose un effort pour parvenir à une synthèse entre ces valeurs, dans la recherche d’une unité constitutionnelle et d’une harmonie normative, dans la recherche d’un dénominateur commun en réduisant les contradictions et les points de friction. Il faut s’opposer à toute approche qui considérerait l’un de ces systèmes de valeurs comme supérieur à l’autre. Nous ne sommes pas un État juif dont les valeurs sont démocratiques; nous ne sommes pas un État démocratique dont les valeurs sont juives. Nous sommes un État dont les valeurs sont à la fois juives et démocratiques.

Comment déterminer les valeurs d’Israël en tant qu’État juif et les valeurs d’Israël en tant qu’État démocratique? La solution consiste à nous tourner vers les sources internes des valeurs d’Israël en tant qu’État juif, et vers les sources internes des valeurs d’Israël en tant qu’État démocratique. Sur la base de ces données, nous devons aspirer à une synthèse qui reflète une approche commune aux valeurs juives et aux valeurs démocratiques.

En effet, il faut tenir compte d’un facteur important. Au sein de chacune des dimensions d’Israël, comme État juif et comme État démocratique, il y a des courants différents et des points de vue opposés. L’interprète, qui aspire à la synthèse et à l’harmonie, doit retenir de chacune de ces deux dimensions les principes et les approches qui s’accordent avec les principes et les approches de l’autre dimension. Il doit éviter de retenir les principes qui suscitent la contradiction ou l’opposition. Par exemple, s’il existe dans l’univers du judaïsme un courant particulariste et un courant universaliste, il convient d’adopter le courant universaliste, car ce courant s’accorde mieux aux valeurs d’Israël en tant qu’État démocratique.

C’est ce qu’a fait la Cour suprême en ce qui concerne l’applicabilité du principe d’égalité entre les citoyens juifs et arabes de l’État. De même, si dans l’approche démocratique il est possible d’organiser les relations interpersonnelles de différentes manières, on doit choisir l’approche la plus compatible avec l’esprit de la Loi juive. C’est ce qu’a fait la Cour suprême au sujet de l’interdiction de l’euthanasie active.

La société israélienne est composée d’un certain nombre de groupes – ou, selon l’expression du président [Réouven Rivlin], d’un certain nombre de tribus. Il y a, entre ces différents groupes, des tensions qui vont croissant. Il faut trouver la solution à ces tensions dans la compréhension de l’autre et dans la sensibilité à ses difficultés. Il faut rechercher ce qui est partagé, non ce qui sépare. Il faut aspirer à la la compréhension et non à la radicalisation. Il faut témoigner de la tolérance envers les autres, y compris envers ceux des “autres” qui sont intolérants. La synthèse et l’harmonie entre les valeurs d’Israël en tant qu’État juif et ses valeurs en tant qu’État démocratique doivent servir de base à la coexistence de tous les groupes. Ces valeurs ne doivent pas contribuer à l’élargissement des fossés, à la radicalisation et à la montée des tensions entre les divers groupes.

d. Les tensions entre la majorité juive et la minorité arabe

Celui qui analyse les valeurs d’Israël en tant qu’État juif et démocratique, et les équilibres entre ces valeurs, doit tenir compte du fait que nous ne vivons pas seulement entre Juifs. Il est vrai que les membres du peuple juif ont reçu une clé spéciale pour entrer dans la maison nommée “État d’Israël”. C’est là le sens du sionisme, et c’est là le sens de notre héritage juif. Mais cela n’autorise pas une discrimination envers les non-Juifs. Toute personne présente au sein de notre foyer national a droit à l’égalité, quelle que soit sa religion et quelle que soit son appartenance nationale. Les valeurs d’Israël en tant qu’État juif et démocratique n’autorisent pas l’État à faire preuve de discrimination envers ses citoyens arabes. Dans l’État d’Israël, Juifs et Arabes sont des citoyens égaux en droits. Les valeurs d’Israël en tant qu’État juif ne sont pas fondées sur la discrimination envers le citoyen arabe.

Le juge à la Cour suprême Menahem Elon [1923-2013, Juif orthodoxe pratiquant, professeur de droit et éminent expert en droit religieux] a souligné à juste titre que “l’idée de la création de l’homme à l’image de Dieu est un élément fondateur du judaïsme… C’est par cela que commence la Torah, et c’est de là que la Loi juive tire des principes fondamentaux concernant la valeur de la personne humaine – toute personne, quelle qu’elle soit – et ses droits à l’égalité et à l’amour”.

La Déclaration d’Indépendance [du 14 mai 1948] appelle “les membres du peuple arabe résidant dans l’État d’Israël à préserver la paix et à participer à la construction de l’État sur la base d’une citoyenneté pleine et égale”. Le sionisme est né en réponse à la discrimination et au racisme. Les valeurs d’Israël en tant qu’État démocratique interdisent toute discrimination et exigent l’égalité. La Déclaration d’Indépendance stipule que “l’État d’Israël […] maintiendra l’égalité complète des droits sociaux et politiques pour tous ses citoyens, sans distinction de religion, de race ou de sexe”. En effet, l’État démocratique doit respecter et protéger le droit fondamental à l’égalité de tout individu au sein du pays.

Nous ne devons pas oublier notre histoire. Nous étions une minorité en exil, nos droits en tant que minorité nous ont été déniés. Nous avons été victimes de discriminations. Notre dignité d’êtres humains a été bafouée. Dans notre pays, nous devons traiter la minorité arabe comme nous aurions voulu être traités en exil. Nous n’infligerons pas de discriminations à la minorité. Notre État est l’État-nation du peuple juif. Mais les non-Juifs parmi nous doivent bénéficier de la pleine égalité des droits. C’est ce qu’exige la dignité humaine de chacun d’entre eux; c’est ce qu’exige la dignité humaine de chacun d’entre nous. Les valeurs d’Israël en tant qu’État juif et démocratique doivent servir de base à la pleine citoyenneté et à l’égalité des citoyens arabes vivant avec nous.

e. Les tensions entre Juifs laïques et Juifs ultra-orthodoxes

Dans la société israélienne, il existe des tensions croissantes entre Juifs laïques et Juifs ultra-orthodoxes. Ces tensions se manifestent dans de nombreux domaines, comme les attributions des tribunaux religieux, les règles relatives au mariage et au divorce, les procédures de conversion, l’enrôlement dans l’armée, la définition du Juif, l’observance du shabbat, les lois de la cacherout, la prière au Mur de Jérusalem et les attributions des rabbins. Nous devons trouver une solution appropriée à ces tensions. Cette solution doit reposer sur le fait que chaque secteur de la population peut continuer de pratiquer sa croyance de base, sans avoir à y renoncer. Il n’est pas demandé à la population ultra-orthodoxe d’abandonner la conception selon laquelle la source suprême de toute autorité normative est le commandement divin. Il n’est pas demandé à la population laïque d’abandonner la conception selon laquelle la source suprême de toute autorité normative est l’autonomie de la volonté humaine. Chaque secteur de la population peut rester fidèle à ses principes, dans le cadre d’un accord sur des arrangements pragmatiques équilibrés qui refléteront les éléments rassembleurs et communs parmi les valeurs d’Israël en tant qu’État juif et démocratique.

Les solutions ne doivent pas reposer sur une séparation complète entre la religion et l’État: une telle séparation serait inacceptable selon les valeurs d’Israël en tant qu’État juif, et elle est controversée dans divers pays démocratiques. Ces solutions reposeront sur la liberté de pratiquer et la liberté de ne pas pratiquer une religion, et sur la reconnaissance de restrictions raisonnables à l’exercice de ces libertés.

Une législation en matière de religion qui est fondée uniquement sur le pouvoir de la majorité à la Knesset, et qui n’est pas conforme à la synthèse raisonnable requise par les valeurs d’Israël en tant qu’État juif et démocratique, est l’expression de la tyrannie de la majorité. Nous devons éviter cela. Nous devons rechercher des solutions qui contiennent des concessions mutuelles et une compréhension réciproque. La population laïque doit accepter la nécessité d’une atteinte raisonnable aux droits de l’homme, afin de satisfaire les intérêts de la population ultra-orthodoxe et son besoin de préserver un mode de vie religieux. La population laïque doit prendre en compte les nombreuses difficultés auxquelles la population ultra-orthodoxe fait face, dans un pays où il existe une majorité juive qui ne se comporte pas selon la Loi juive. La population ultra-orthodoxe doit intérioriser le fait qu’en tant que minorité elle a besoin de la protection de la loi pour exercer ses libertés individuelles et de conscience. La population ultra-orthodoxe doit accepter de faire preuve de tolérance envers la population laïque. La population laïque et la population ultra-orthodoxe doivent intérioriser la nécessité de connaître l’autre, de respecter son approche, et de se préparer à faire des compromis douloureux.

f. Conclusion

Je vois dans l’État d’Israël l’accomplissement du rêve des générations. Nous sommes la génération de la renaissance après la Shoah, et c’est à nous qu’a été confié le sort de ce pays. Nous devons tout faire pour veiller sur lui et le protéger. Cependant, une place centrale est réservée dans l’État pour l’individu, pour la minorité. À mes yeux, la liberté de la personne est un élément essentiel de notre vie collective dans notre pays. Les droits de l’individu et de la minorité sont des droits au sein d’une société et, par conséquent, ils peuvent être soumis à des limitations raisonnables afin de défendre les droits des autres et afin de réaliser des objectifs nationaux. Sur cela repose la conception selon laquelle les tensions entre les valeurs d’Israël en tant qu’État juif et les valeurs d’Israël en tant qu’État démocratique doivent être résolues, non pas en accentuant les contradictions, mais au contraire par la recherche de la synthèse et de la réconciliation. Ainsi pourrons-nous éviter une crise au sein de la société israélienne; ainsi pourrons-nous assurer l’unité et la coopération; ainsi pourrons-nous faire vivre ici une société meilleure, plus juste et plus égalitaire. Une société qui pourra être un modèle pour d’autres sociétés, car “c’est de Sion que sort la Loi, et de Jérusalem la parole du Seigneur” [Isaïe, 2:3].

Nous vous rappelons que ce colloque, dont le titre est "Israël : La démocratie menacée?", se tiendra samedi 28 avril 2018 à partie de 9h30 à la mairie du 4ème arrondissement de Paris *. L'inscription préalable est obligatoire. Nous vous invitons à le faire directement sur le site.


* 2 place Baudoyer 75004 Paris


Pour continuer à aider tous ceux qui se battent en Israël à surmonter les peurs et les méfiances réciproques et redonner espoir pour un autre avenir aux deux peuples, nous avons besoin de votre soutien.

English version


The ceremony to remember Israelis and Palestinians killed in wars and attacks gathered this year about 8000 people in Tel Aviv, including a delegation of 90 Palestinians allowed to attend it following a decision of the Supreme Court that had rejected the decision of Avigdor Lieberman, minister of Defense, to ban them from it. We are undoubtedly happy with that decision which allowed all these Israeli and Palestinian families having lost their loved ones to commemorate together their loss. The highlight of the ceremony was the speech of the writer David Grossman who lost his son in 2006, on the last day of the war in Lebanon: a moving and wonderful speech you may find on our website.
Here is one quote of his speech expressing, more than any other statement, our commitment in JCall:

And now, 70 years later, with amazing achievements in so many fields, strong Israel is perhaps a fortress, but still not a home. The road to resolving the immense complexity in the relations between Israel and the Palestinians can be summed up in one brief formula: If the Palestinians do not have a home, the Israelis will also not have a home. The opposite is also true: If Israel does not have a home—Palestine will also not be a home.

Today is Tom Haatzmaut, and we rejoice and celebrate this Independence Day with all the people of Israel. However, when Israel will stop occupying another territory, when the Palestinians will have their own country, then, and only then, it will become truly independent.

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We remember you that we organize on Saturday, April 28th 2018, at the Town Hall of the 4th arrondissement in Paris, a conference on "Israel, Threat on Democracy ?"

In preparation for the Conference, here is an excerpt from an article by Professor Aharon Barak, former President of the Supreme Court of Israel, published on February 16th, 2018, in the Israeli daily Haaretz. The phrase "values of Israel as a Jewish and Democratic State" which is at the heart of the article, does not refer to a philosophical or political matter, but is a normative element of Israeli public law and private law (the authority of the Supreme Court is exercised on both areas). Hence, a brief introduction is necessary for readers who are unfamiliar with the Israeli law.

When the Israeli State was created, the first legislative Assembly (Knesset) was unable to reach an agreement on the drafting of a Constitution. It was subsequently decided that the Knesset would adopt gradually a number of "Basic Laws" on particular issues. The gathered laws will be, when the time comes, the Constitution of the State. Up to now, fifteen Basic Laws have been passed.

The Basic Laws on "the human Dignity and Liberty" and on "the Freedom of Action and the Freedom of Enterprise" were passed in 1992. On the basis of these two laws, occurred in 1995 the "constitutional revolution" through which the Supreme Court ( then presided over by the newly elected Aharon Barak) held that the Basic Laws had a status superior to other laws, and that a court could from now on consider as invalid the provisions of an ordinary law if they were contradicting a Basic Law.

In fact, both 1992 Basic Laws refer specifically to "the values of Israel as a Jewish and Democratic State". These "values" have thus acquired, in the Israeli law, a status similar to that of the Preamble of the French Constitution. In the light of these values, the Supreme Court rules on the constitutionality of ordinary laws, and construes them. The way Aharon Barak construes these values is thus essential in order to understand the foundations of Israel as a constitutional State, at a time when the Israeli government, intending to place a strict limit on the competences of the Supreme Court, is trying to change the legislation.

Meïr Waintrater

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Aharon Barak

Israel’s values as a Jewish and democratic state

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Israel’s values as a Jewish state

Israel’s values as a Jewish state differentiate it from other democratic states. There are many democracies around the world. Only Israel is not just a democratic state but a Jewish one as well. “The Jewish state” is the state of the Jewish People; it is a state to which any Jew has a right to immigrate – the ingathering of the exiles being one of its basic values. It is a country whose history is intertwined and integrated with the history of the Jewish People; the primary language is Hebrew; and its main holidays reflect its national resurgence. It is a state in which the settlement of Jews in its rural areas, cities and towns is of prime concern. It is a country which commemorates Jews who were slaughtered in the Holocaust, a state designed to serve as “the solution to the problem of a nation with no homeland or independence, a solution brought about through the renewal of a Jewish state in the Land of Israel.”

It is a country which fosters Jewish culture, Jewish education and a love of the Jewish nation; it is a state in which the values of liberty, justice and peace, which are part of its heritage, are fundamental values; it is a state for which the Bible is its seminal book and where the vision of Israel’s prophets serves as the basis of its morality; it is a state in which Hebrew law fulfills an important role. A Jewish state is a state whose values are those enshrined in the Torah, derived from Jewish heritage and inspired by halakha [traditional Jewish law], and these are its core values.

Such a conceptualization of the state’s values as a Jewish state leads to the conclusion that these values have two main aspects: a Zionist one and a halakhic one. Both Zionism and halakha have left their mark on Israel’s Jewish character. These values are apparent on different levels, ranging from specific rulings on particular issues to abstract values, such as “loving one’s neighbor as one loves oneself” or the pursuit of honesty and good. They include values that are particularistic and universal, values that have evolved throughout generations of Jewish history. They include complementary values and contradictory ones. They contain an entire world.

Israel’s values as a democratic state

The concept of “Israel’s values as a democracy” is a complex one. Democracy is based on two pillars. One is the sovereignty of the people. This sovereignty is executed through elections that are free and equal and held at regular intervals, in which people elect representatives who will carry out their views. Democracy in this respect is identical to the rule of the majority and the centrality of the legislative body, in which the people’s representatives act. This is a central feature, since without it there is no democracy.

The second pillar reflects core values that characterize democracies, such as the separation of the branches of government, the rule of law, and the independence of the judiciary. A key feature in this context is the protection of human rights, the right of the individual, of the “I” as a human being. Without recognition of individual rights, there can be no democracy. Democracy is based on the fact that each individual enjoys rights that even a majority cannot deprive him of simply by virtue of being a majority. Democracy has its own internal morality, without which it ceases to be a democracy. Taking away the rule of the majority destroys the essence of democracy. Denial of basic rights destroys democracy’s very existence.

There is a natural tension between the two pillars of democracy. The resolution of this tension lies not in the power of the majority to do as it pleases, nor in the immunity of the individual who is facing the power of the majority. The solution lies in the proportionate use of the majority’s power and in the individual’s subjugation to proportionate restrictions of his rights. Indeed, there is no democracy without majority rule, but this must never become the tyranny of the majority. There is no democracy without protection of human rights, but these rights function within the confines of a society that needs to fulfill certain societal objectives. Democracy is not just the rule of the majority and it does not consist only of the protection of human rights.

The relation between these different aspects

What is the relationship between Israel’s values as a Jewish state and its values as a democratic state? A constitutional-interpretive approach requires making an effort to create a synthesis of these values while seeking a normative and harmonious unity; searching for what is common and unifying, while limiting contradictions and sources of tension. One should object to any approach that views one of these values as superseding another. We are not a Jewish state with democratic values; we are not a democracy with Jewish values. We are a state which has both Jewish and democratic values.

How do we find out what Israel’s values as a Jewish state are and what its values as a democracy are? The answer is that we must turn to the inner sources of the country’s values as a democracy and to the internal sources of Israel as a Jewish state. Based on this we should strive for a synthesis that will reflect a common approach to Israel’s Jewish and democratic values.

One should realize that in each aspect of Israel as a Jewish and a democratic state, there are different underlying currents and conflicting views. The interpreter who strives for a harmonious synthesis must take from each of those values principles and concepts that accord with the principles and concepts of the other values. One must refrain from adopting principles which create a contradiction or opposition. Thus, if the Jewish values contain particularistic and universal strains, we should adopt the universal approach, since this is more congruent with the state’s values as a democracy than the particularistic values would be.

This is what the Supreme Court did in applying the principle of equality between Israel’s Jewish and Arab citizens. Similarly, if in the conception of democracy it is possible to define interpersonal relationships in different ways, we should choose an approach that is congruent with the views of Jewish law. This is what the Supreme Court did when it prohibited active euthanasia.

Israeli society is composed of several groups, or tribes, as the country’s president has called them. There is growing tension between these groups. The resolution of this tension must rely on understanding the Other and on sensitivity to his hardships. One must search for common ground, not for what separates people. One should strive for understanding, not for the adoption of extremist views. One should demonstrate tolerance toward Others, including people who are themselves intolerant. The synthesis of and harmony between Israel’s values as a Jewish state and a democracy must serve as the basis for a shared life of all groups. These values must not serve to widen rifts, foster extremism, or increase tension between the various groups.

Tension between the Jewish majority and the Arab minority

In analyzing the values of Israel as a Jewish and democratic state and the balance between them, one must take into account the fact that there are non-Jews living among us. It is true that a special key has been granted to Jews living outside the country, allowing them easy access. That was the point of Zionism and the point of the country’s Jewish heritage. But this should not lead to the discrimination of those who are not Jews. Any person living within our national homeland is entitled to equality, regardless of his religion or nationality. The values of Israel as a Jewish and democratic state should not lead to a discrimination against its Arab citizens. Jews and Arabs are citizens with equal rights in this country. Israel’s values as a Jewish state are not based on discrimination of Arab citizens.

Supreme Court Justice Menachem Alon correctly pointed out that “a foundational aspect of the Jewish world is that man was created in God’s image. This is how the Torah begins, and from this halakha draws conclusions about the value of a human being – of any human being, who is equal and deserving of love.”

The Declaration of Independence called on Arab inhabitants of the state “to preserve peace and participate in the upbuilding of the State on the basis of full and equal citizenship.” Zionism was born as a reaction to discrimination and racism. The values of Israel as a democracy oppose any discrimination and demand equality. The Declaration of Independence noted that Israel “will ensure complete equality of social and political rights to all its inhabitants irrespective of religion, race or sex.” Indeed, a democracy must honor and protect all individuals’ basic right to equality.

We must not forget our own history. We were a minority in the Diaspora and we were denied our rights. We were discriminated against and our human dignity trampled on. In our own state we must treat the Arab minority as we expected to be treated in the Diaspora. We must not discriminate against a minority. Our state is the nation-state of the Jewish people. But the non-Jews among us must be given equal rights. This is required by the human dignity of each of them, by the human dignity of each of us. The Jewish and democratic values of the state must serve as the basis for the full citizenship and equality of Arab citizens living among us.

Tension between the secular and ultra-Orthodox populations

There is growing tension in the relationship between secular and ultra-Orthodox citizens. This is expressed in many aspects of life, including the jurisdiction of dayanim, the religious judges, and in laws regulating marriage and divorce, conversion laws, the military draft, defining who is Jewish, observance of the Sabbath, kashrut laws, prayer at the Western Wall and the authority of rabbis. We must find solutions to this tension. Such a solution must allow for every community to maintain its basic beliefs without relinquishing them. The ultra-Orthodox community is not asked to give up its belief that the ultimate source of any normative authority is a divine one, and secular people are not required to relinquish their belief that the ultimate source of any normative authority is the autonomy of human will. Each community can maintain its beliefs while reaching an agreement on proportionate, pragmatic arrangements that reflect what is common and unifying in the values of the state as a Jewish and democratic entity.

Such solutions do not have to be based on total separation between state and religion. Such separation is unacceptable according to Jewish values and is controversial in various democracies. Solutions must be based on freedom of religion and on freedom from religion, and on recognizing the proportionate restrictions on these freedoms.

Religious legislation which is based solely on the power of the Knesset majority and which does not accord with a proportionate synthesis that is demanded by the values of this country as a Jewish and democratic state is an expression of the tyranny of the majority. We must avoid this. We must search for solutions that entail mutual concessions and mutual understanding. The secular community must accept the need to proportionately limit human rights in order to consider the interests of the Orthodox community and its needs to maintain its way of life and the fulfillment of mitzvot (religious obligations). The secular community must understand the many difficulties facing the orthodox community living in a country with a Jewish majority that does not abide by halakha. The Orthodox community must internalize the fact that as a minority it needs constitutional protection of its freedom of conscience and its individual freedoms. The ultra-Orthodox community must be willing to demonstrate tolerance toward the secular community. Both communities must internalize the fact the other must be recognized and his views respected, with a willingness to make some painful concessions.

Afterword

I see Israel as the realization of the dream of many generations. The fate of this state was placed in our hands, the generation of the post-Holocaust rebirth. We must do everything possible to preserve and protect it. Given that, there is a central place in this country for the individual and for the minority. I see in the liberty of man a key component of our national life in our state. The rights of individuals and minorities are rights that exist within the framework of a society, enabling a proportionate limitation of these rights in order to preserve the rights of others and in order to attain national goals. This is the basis of the conception according to which the tension between the values of Israel as a Jewish state or a democratic state must be resolved not by promoting differences, but through a search for synthesis and a coming together. This will prevent a rift in society, ensuring unity and partnership. This is the way for achieving a better society, more just and egalitarian, a society which can be a model for others, actualizing the biblical statement that “Torah will come forth from Zion and God’s word from Jerusalem.”



Saturday April 28th, 2018, at the Town Hall of the 4th arrondissement of Paris *, we will hold a Conference entitled "Israel:Threat to Democracy". Prior registration is required.
We invite you to register directly on our website.

* 2 place Baudoyer 75004 Paris

To continue to help all the people in Israel fighting to overcome the fears and the mutual distrusts and to restore hope for a different future in both populations we do need your support.

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JCall, le réseau juif européen pour Israël et pour la paix, est une initiative de citoyens juifs européens et d'amis d'Israël favorables à la solution « 2 Etats pour 2 Peuples ».
Profondément attachés à l’existence et à la sécurité d’Israël, ils voient dans la poursuite de l’occupation en Cisjordanie et dans les quartiers arabes de Jérusalem Est une menace pour l’identité de cet Etat.
Ils sont à l'origine de l'Appel à la Raison lancé au Parlement Européen le 3 mai 2010 et signé depuis par près de 8000 personnes dont Daniel Cohn-Bendit, Alain Finkielkraut, Bernard Henri Lévy, (...).

Voir le texte de l’appel et nos informations sur notre site : https://fr.jcall.eu/
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JCall, the European Jewish network for Israel and peace is an initiative of European Jewish citizens and friends of Israel in favor of the solution "two states for two peoples."
Deeply committed to the existence and security of Israel, they see the continuation of the occupation of the West Bank and Arab neighborhoods in East Jerusalem as a threat to the identity of that State.
They are at the origin of the Call to Reason launched at the European Parliament on May the 3rd 2010 and signed by nearly 8,000 people including Daniel Cohn-Bendit, Alain Finkielkraut, Bernard Henri Levy, (...).

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