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Elections israéliennes – Une victoire personnelle de Netanyahou

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Benjamin Netanyahou a remporté les élections en dépit d’un bon score de son rival Benny Gantz. Cette victoire personnelle permet à Netanyahou d’entamer un cinquième mandat de Premier ministre et de battre le record historique de Ben Gourion à la tête du gouvernement. Frédérique Schillo, correspondante de Regards à Jérusalem, nous livre ses premières impressions.

Mercredi 10 avril 2019 par Nicolas Zomerstajn et Frédérique Schillo (cliquer pour consulter l’article sur le site du CCLJ*)

Peut-on considérer que le grand gagnant de ces élections est Benjamin Netanyahou ?

Tout à fait. C’est une victoire de Netanyahou et ce dernier y voit une victoire personnelle. Il a permis à son parti de gagner des sièges supplémentaires par rapport au dernier scrutin. Cette victoire témoigne du succès de sa stratégie de campagne fondée sur le « Gevalt » (panique). Dans les derniers jours de la campagne électorale, il n’a cessé d’apparaître dans des vidéos diffusées sur internet et les réseaux sociaux. Il a même lancé un appel aux électeurs francophones. Il s’agissait donc de rameuter tous les électeurs de droite, au risque de siphonner les petits partis d’extrême droite dont Netanyahou a besoin pour former une coalition. Cette stratégie du Gevalt lui a permis de gagner sur tous les plans : il offre la victoire à son parti (le Likoud) et obtient un cinquième mandat de Premier ministre. Il dépassera le record établi par Ben Gourion. Et surtout, il éjecte de la coalition ceux qui souhaitaient sa chute, à savoir Bennett et Shaked. Quant à ses alliés religieux et d’extrême droite, ils gagnent aussi des voix.

Une inculpation dans les semaines qui viennent peut-elle hypothéquer son maintien au pouvoir ?

Netanyahou espère que ses alliés voteront un projet de loi d’immunité sur le modèle français pour qu’il soit à l’abri des poursuites judiciaires. Et il faudrait que cette loi soit rétroactive. A cet égard, rien n’est gagné. La stabilité en nombre de sièges ne lui garantit donc pas une stabilité politique tout au long de la législature.

Quel bilan tirer pour la liste Karol Lavan de Benny Gantz ?

On peut y voir une victoire, car il gagne malgré tout 35 sièges. C’est au-delà de ses attentes et il égale le score de Netanyahou. Pour un candidat inexpérimenté et novice, c’est un exploit. Ce qui prouve aussi qu’il y avait en Israël une vraie soif d’alternance. Malheureusement, demain, son succès relatif sera oublié et rien ne permet d’affirmer si la liste va se maintenir en devenant un groupe parlementaire ou si chacun va repartir de son côté. Lapid a remporté beaucoup de voix et en bon politique expérimenté, il va reprendre ses marques à la Knesset.

Mais ce succès personnel est tempéré par l’impossibilité pour Gantz de constituer une coalition alternative ?

Effectivement. Comme les sondages l’indiquaient tout au long de la campagne, rien ne lui permet de former une coalition alternative. Il s’agit donc d’un échec stratégique de Gantz : il n’a pas réussi à capter l’électorat du Likoud lassé par les dérives autoritaires et les scandales de corruption impliquant Netanyahou. En voulant récupérer ces voix, Gantz a retenu ses coups contre le Likoud. Quand Netanyahou lui balançait des boules puantes et des mensonges, Gantz ne réagissait pas en sortant la grosse artillerie. S’il n’a pas réussi à récupérer des électeurs de droite, il a en revanche siphonné le réservoir de la gauche. La victoire de Gantz s’est donc faite aux dépens du Parti travailliste qui connaît un véritable échec historique en n’obtenant que 7 sièges ! Et le Meretz perd un siège. Le problème pour Gantz, c’est qu’il devait compter sur un bon score de ces deux formations pour réussir à bâtir une coalition.

Et les électeurs arabes israéliens ?

Ils se sont massivement abstenus. Cela avait dans certains cas toutes les allures d’un boycott. On peut reprocher à Gantz de ne pas avoir tenu compte de cet électorat alors qu’il en avait besoin pour sa future coalition. Non seulement il ne parlait pas des Arabes, mais il ne leur parlait pas, à l’exception des Druzes à qui il avait promis de modifier la loi Etat-nation pour les inclure. Pire, Lapid n’a cessé de dire qu’il ne siégerait jamais avec les partis arabes. Tout cela a été perçu comme un mépris à l’égard des Arabes. Mais comme Netanyahou a aussi bâti sa campagne sur le slogan « c’est Bibi ou Tibi » (Ahmed Tibi, leader du Parti arabe unifié), Gantz était pris au piège de ce slogan.

La démagogie l’a emporté ?

Malheureusement oui. Après une campagne d’un populisme incroyable de la part de la droite et de l’extrême droite, on peut craindre que cela laisse des traces sur l’action du prochain gouvernement. En ajoutant à cela la victoire du Shass (parti orthodoxe sépharade) dont le leader Aryé Déri a déjà été condamné à une peine de prison pour corruption et qui est à nouveau inculpé pour des faits de ce type. Tant le Shass que le Likoud possèdent un électorat discipliné et inconditionnel imperméable aux scandales qui frappent Netanyahou ou Déri.

*Centre Communautaire Laïc Juif (Bruxelles)

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