Les Israéliens sont plus intelligents que leurs dirigeants

Par Lily Galili  (i24news)

 

Selon un dicton bien connu, chaque peuple a les dirigeants qu’il mérite. Comme c’est souvent le cas avec la sagesse populaire, cela n’est vrai qu’en partie seulement. Cela ne veut pas nécessairement dire qu’Israël mérite mieux, mais certainement quelque chose de différent. Ce dont nous avons actuellement besoin, c’est d’un leadership pouvant combler l’écart entre ce que les Israéliens semblent vouloir et ce à quoi ils aspirent vraiment.

Même si nous rejetons le type de gouvernance de David Ben Gourion (le premier Premier ministre d’Israël) qui se résume par son adage plutôt malin «Je ne sais pas ce que les gens veulent, je sais ce dont les gens ont besoin», nous avons aujourd’hui désespérément besoin de dirigeants pouvant identifier la complexité des émotions et des attitudes souvent contradictoires afin de les traduire en politique. La confusion et les contradictions prévalent, comme le prouvent des sondages aux résultats surprenants. Une peur compréhensible et l’esprit de vengeance ne sont qu’un élément dans ce pot-pourri, mais le seul exploité par les dirigeants. Pourtant, miser sur la peur comme le fait le présent gouvernement n’est certainement pas le genre de leadership dont nous avons besoin maintenant. Nous avons déjà assez peur comme ça.

À ce stade-ci, le lecteur doit sans doute se demander: pourquoi alors Benyamin Netanyahou se maintient-il néanmoins toujours en tête dans tous les sondages? «En raison d’un manque d’alternative» est une réponse partiellement vraie. La vraie réponse réside dans une citation célèbre prononcée par le juriste et penseur allemand Carl Schmitt.

En 1922, Schmitt, qui de toute évidence n’a jamais rencontré le Premier ministre israélien, a écrit: «Le souverain est celui qui peut le premier proclamer l’état d’urgence». Bingo. Sans le savoir, Schmitt décrit l’essence du leadership de notre Premier ministre Netanyahou, qui excelle dans l’art de constamment déclarer l’état d’urgence pour maintenir son règne. La réalité est certainement de son côté: le Hamas, le Hezbollah, le groupe Etat islamique, l’Iran et Mahmoud Abbas lui fournissent tous l’occasion de pressentir un réel danger éminent. Choisissez votre saveur du mois, améliorez le goût avec une touche d’ingrédients comme les Arabes israéliens, l’hostile Union européenne ou l’inamical président américain, et invitez le meilleur de vos sous-chefs comme le ministre des Affaires étrangères, Avigdor Lieberman et le ministre de l’Economie, Naftali Bennett, à ajouter leur touche, et vous y êtes! Il n’y a pas de partenaire, le monde entier est contre nous, nous sommes seuls. Encore une fois. Ça marche. Mais est-ce que ca fonctionne vraiment?

Selon une récente enquête réalisée par l’un des sondeurs les plus éminents d’Israël, le Dr Mina Tzemach, ce n’est pas vraiment le cas. Le sondage, présenté à la chaîne de télévision de la Knesset (le parlement israélien), montre clairement l’écart grandissant entre le leadership, qui se base sur la croyance populaire voulant que les Israéliens se déplacent vers l’extrême droite, et ce que les Israéliens veulent vraiment.

Voici les principales conclusions du sondage, réalisé seulement auprès de répondants juifs. L’assertion «Israël doit mettre en œuvre la solution à deux Etats» a été appuyée sans réserve par 56% de la population, et seulement un tiers l’a rejetée. «Accepteriez-vous un compromis sur Jérusalem, de sorte que les quartiers arabes de Jérusalem-est restent sous souveraineté palestinienne?» a obtenu une réponse positive de plus de 50% des répondants. Près de 70% sont favorables à la poursuite des négociations pour promouvoir la solution des Etats, et 30% le demeurent même si le Hamas est inclus dans les pourparlers. Près de 70% des participants croient qu’un changement unilatéral au statu quo sur le Mont du Temple pourrait conduire à une troisième Intifada, et un pourcentage similaire croit que cela pourrait même paver la voie à la formation d’un front musulman uni contre Israël.

Ces résultats ne sont pas d’«extrême droite», et certainement pas de «gauche». Ils sont issus de gens pragmatiques qui réévaluent leurs positions de façon plus réaliste. Ils blâment principalement Abbas pour l’échec des pourparlers de paix (57%, contre 8% seulement qui blâment Netanyahou), mais 62% des répondants croient que le Premier ministre israélien n’était pas disposé à faire des concessions lors des pourparlers. «Ce ne sont pas les radicaux du Likoud qui l’ont retenu», dit une écrasante majorité des Israéliens, il s’est «lui-même» positionné ainsi. Des gens intelligents, les Israéliens.

Une courte promenade à travers les rues frappées par la terreur d’une Jérusalem endeuillée, en compagnie d’un chef d’un petit mouvement raciste de droite radicale, fournit une preuve additionnelle à ce diagnostic. Il appuie l’habituel slogan «A mort les Arabe», mais s’est fait accueillir par des déclarations comme: «Mais nous sommes condamnés à vivre ensemble ici, Juifs et Arabes, nous avons donc besoin de trouver une solution». Cela n’est pas venu de la part des rares gauchistes de Jérusalem, mais plutôt de tristes, réalistes et principalement religieux Jérusalémites, qui ont déjà connu cette situation et qui sont arrivés à cette conclusion à la dure.

Ce n’est pas un déplacement politique vers la gauche. La plupart de ces personnes votent encore pour la droite; certains choisissent même de le préciser, afin de ne pas être soupçonnés d’un brusque changement de cœur. Ils adoptent simplement la realpolitik par nécessité. Ils sont ceux qui paient le prix de la terreur, et le prix de l’argent détourné à l’utilisation inutile de la force militaire plutôt qu’à assurer leur santé et leur éducation. Contrairement à leurs politiciens, ils ont appris quelque chose.

Au fond, ils aspirent à un leader qui pourrait faire face à la complexité de leurs pensées et de leurs émotions, et qui pourrait apaiser la peur plutôt que de prospérer à travers elle. En l’absence de ce leader, ils vont probablement continuer à opter pour le premier qui peut déclarer l’état d’urgence. Carl Schmitt avait raison.

Tout cela nous mène à une conclusion: realpolitik.

 

Cet article est paru le 26 novembre 2014 sur le site de la chaîne d’information continue israélienne i24news.

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