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Le face à face entre Elias Sanbar et Yaël Dayan (InfoSud Tribune des droits humains / 15/03/2012)

Le face à face entre Elias Sanbar et Yaël Dayan

Rencontre entre Yaël Dayan et Elias Sanbar dans le cadre du FIFDH. Image : © Georges Cabrera
15 mars 12 – Confrontation entre la vision et les sentiments de l’ambassadeur, qui a convaincu l’UNESCO de reconnaître la Palestine comme un Etat membre, et ceux de la fille du vainqueur de la Guerre des six jours, sur la possibilité de faire cohabiter Israël et la Palestine.

Luisa Ballin/Infosud – Israël-Palestine : comment briser le status quo ? L’écrivaine et ex parlementaire israélienne Yaël Dayan (fille du général Moshe Dayan, Ministre de la Défense pendant la guerre des Six-Jours en 1967), et l’écrivain et ambassadeur de Palestine à l’UNESCO, Elias Sanbar, ont donné des pistes mercredi à Genève, lors d’un débat organisé par le Festival international du film et forum sur les droits humains (FIFDH) et JCall, en collaboration avec le Manifeste – Mouvement pour une paix juste et durable au Moyen-Orient. Entretien croisé avec deux symboles.

Mme Dayan, que ressentez-vous en face de l’ambassadeur qui a convaincu l’UNESCO de reconnaître la Palestine en tant qu’Etat Membre ?

Y.D. Nous ressentons ce que nous devons faire. La reconnaissance de la Palestine par l’UNESCO n’est qu’un premier pas. Les Palestiniens devraient retourner à l’Assemblée générale de l’ONU et continuer de pousser [NDLR : pour la reconnaissance de la Palestine comme Etat Membre].

Et vous, M. Sanbar, que ressentez-vous en dialoguant avec la fille du général Dayan ?

E.S. Nous parlons ensemble depuis très longtemps. Même lorsque les gens sont fâchés, ils peuvent dialoguer ! L’espace est très petit et de facto, c’est très mélangé. Même lorsqu’il y aura la paix et deux Etats, ce sera compliqué de tracer des lignes.

Quels sont aujourd’hui les principaux obstacles à la paix ?

Y.D. Les obstacles sont clairs [NdlR : le droit au retour des réfugiés palestiniens, les frontières des deux Etats et la question de Jérusalem notamment]. Chaque fois que l’on pourrait s’asseoir ensemble, [le Premier Ministre israélien M. Binyamin] Netanyahou arrive avec de nouvelles choses, comme la reconnaissance d’Israël en tant qu’Etat juif. C’est un non-sens. L’a-t-on demandé aux Etats-Unis ? Les obstacles, ce sont les extrémistes. Notre Ministre des Affaires étrangères n’est le bienvenu dans aucun pays. Selon moi, il est fasciste et raciste, et pas seulement envers les Palestiniens. Et il y a aussi des problèmes du côté palestinien. Nous avons besoin d’un leadership qui nous sorte de cette impasse.

E.S. La question n’est pas de se parler, puisqu’on se parle. Le problème est de savoir comment débloquer une impasse qui résulte d’actes politiques. Il faut arriver à une situation où les deux sociétés disent que cela suffit. Ce n’est pas très héroïque, mais cela peut être une force de paix très efficace. Et à mon avis nous n’en sommes pas très loin. De nombreux conflits se terminent lorsque les gens se disent, non pas que tous les problèmes sont réglés et que tout est parfait, mais quand ils veulent tout simplement vivre une vie normale. Je sens cela lorsque je vais en Israël et en Palestine. Certes, les gens sont inquiets, notamment en ce qui concerne l’Iran. Mais il y a une envie très forte de dire : ça suffit, ce n’est plus possible ! Ce n’était pas le cas il y a vingt ans. L’ambiance était différente. Maintenant, il y a une véritable demande d’en finir.

Comment arriver à la paix ?

Y.D. : Il n’y a pas de miracle. D’un côté, il y a en Israël, le pire gouvernement que nous ayons eu par rapport au processus de paix où l’extrême droite est associée aux religieux. Et de l’autre, il y a la question de Gaza, les différences entre les Palestiniens de Gaza et ceux de Cisjordanie.

E.S. Il faut une réconciliation palestinienne. Et les Américains ne jouent pas leur rôle. Ils regardent et laissent faire. Lors du récent accord entre Mahmoud Abbas [NdlR : le Président palestinien] et Khaled Mechaal (le chef du bureau politique en exil du Hamas], le texte de l’accord était lié à l’acceptation par le Hamas de tous les accords conclus par les Palestiniens avec Israël et au principe de deux Etats. Khaled Mechaal a ensuite déclaré que la résolution de 1967 est la règle. C’est nouveau et les contradictions à l’intérieur du Hamas ont commencé.

Y.D. Ça ce sont des choses pour ceux qui savent. Pour les gens dans la rue et aux Etats-Unis, avant les élections, le problème est de savoir comment cela va marcher entre le Hamas et l’Autorité palestinienne.

E.S. Au bout du compte, les choses bougent quand vous montrez que la paix est possible. [Le Premier Ministre israélien] Itzhak Rabin pouvait le faire et je suis convaincu qu’il a été assassiné quand il a dit qu’il allait continuer à négocier même s’il y avait des attentats, parce qu’on allait avancer dans le processus. Les gens n’ont plus peur si vous leur montrez que la paix est possible. Mais ce n’est plus le temps des appels, Il faut passer à l’acte qui montrera aux gens que la paix est possible.

Y.D. Les deux parties devraient le faire. Et les Européens aussi. Ils donnent beaucoup d’argent et ne demandent rien en retour. Il est temps qu’ils utilisent leur pouvoir.

 

http://www.infosud.org/Le-face-a-face-entre-Elias-Sanbar,10028

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