Élections Israël 2019

Elections israéliennes : les scénarios possibles

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Quelques heures avant le 3ème tour des élections en moins d’un an, la situation politique semble toujours aussi bloquée en Israël. D’après tous les sondages, aucun des deux partis majoritaires – ni le Likoud et ni Kakhol Lavan (Bleu Blanc) – ne devrait être en mesure de rassembler autour de lui la majorité des 61 députés nécessaire. Certes, le Likoud semble, d’après les derniers sondages, avoir rattrapé son retard sur le parti dirigé par Benny Gantz et disposer même d’un ou de deux sièges d’avance sur lui (35 ou 34 contre 33). Mais avec les voix de ses « alliés historiques », le parti de droite Yamina dirigé par Naphtali Bennett et les deux partis orthodoxes, Shass et Yaadout Hatorah, il ne pourrait obtenir une coalition que de 57 ou 58 députés. Quant à Kakhol Lavan, avec le seul apport de la liste de gauche Avoda Gesher et Meretz, il n’arriverait qu’à 42 ou 43 députés. Entre ces deux blocs se trouvent les députés de la Liste arabe unie, qui regroupe 4 partis et dont une majorité d’entre eux avait appelé à soutenir la candidature de Gantz au poste de Premier ministre en septembre dernier, et la liste Israel Beteynou dirigée par Avigdor Lieberman qui reste le « faiseur de roi » parce que, s’il acceptait de rejoindre l’un ou l’autre camp, il permettrait de sortir de cette situation de blocage.

La seule possibilité pour éviter un quatrième tour, serait qu’au moins un des dirigeants politiques ne reste pas fidèle à ses engagements préélectoraux : soit que Gantz accepte de siéger dans un gouvernement dirigé par Netanyahou, malgré les actes d’accusation de corruption dont celui-ci doit répondre devant le tribunal à partir du 17 mars prochain ; soit que Lieberman accepte de participer à un gouvernement Gantz, même si ce dernier devait bénéficier du soutien externe de tout ou partie des députés de la Liste arabe unie ; soit qu’un des « alliés historiques » du Likoud revienne sur ses engagements et accepte de soutenir un éventuel gouvernement Gantz ; soit que l’on assiste à une implosion du Likoud, si Netanyahou ne réussit pas à obtenir une majorité, et à la constitution d’un gouvernement d’union nationale sans lui … On peut continuer à égrener tous les scénarios possibles. Celui qui émergera dépendra du rapport des forces d’une part entre les blocs et d’autre part de celui des partis au sein de chaque bloc à l’issue des élections.

Pour l’instant tous les dirigeants s’engagent à éviter un quatrième tour, dont la population lassée par cette situation ne veut pas, ne serait ce qu’à cause du coût de ces élections à répétition sur une économie qui commence à être en crise avec un déficit budgétaire croissant. Mais ils avaient déjà pris les mêmes engagements après le second tour ! Ce troisième tour devrait en effet coûter à l’État 402 millions de shekels alors que les deux précédents avaient coûté respectivement 283 millions et 324 millions. A titre de comparaison les élections de 2015 avaient coûté 207 millions. En attendant le Likoud comme Kakhol Lavan se battent pour chaque voix, en essayant même, chacun d’entre eux, d’attirer celles de leurs alliés respectifs afin de devenir le plus grand parti.

Cette campagne électorale, comme les précédentes, n’a pas permis d’avoir un débat et une confrontation entre des projets pour répondre aux différents enjeux auxquels le pays est confronté. Netanyahou a continué ce qu’il sait faire le mieux : une campagne agressive à l’égard de son principal adversaire et une politique faite d’annonces presque quotidiennes et de voyages à l’étranger pour rester au centre de l’actualité et essayer de faire oublier sa situation juridique. Après le retour négocié avec Poutine (mais à quel prix ?) d’une jeune Israélienne détenue en Russie pour avoir été arrêtée et condamnée pour détention de cannabis, la publication du plan Trump, dont nous avons dénoncé les dangers dans un précédent communiqué, un voyage au Soudan, prélude à l’instauration de relations diplomatiques avec ce pays, et en Inde, Netanyahou a permis cette semaine à ce que 43 Juifs éthiopiens, dont le judaïsme n’était pas reconnu par le rabbinat israélien, puissent faire leur alya, alors que plusieurs centaines d’entre eux attendent depuis des dizaines d’années dans des camps leur autorisation.

Moins spectaculaire, mais beaucoup plus grave quant à leurs conséquences sur l’avenir, la publication ces derniers jours de deux projets de construction de logements en Cisjordanie : celui de 1077 unités à Givat Hamatos, une colonie située au sud de Jérusalem qui, s’il devait être réalisé, empêcherait la continuité territoriale entre les quartiers de Jérusalem Est et de Bethléem ; et celui de 3500 unités dans la zone E1 à l’Est de Jérusalem, qui est le seul corridor reliant le Nord et le Sud de la Cisjordanie, et qui, jusqu’à présent, avait été bloqué y compris par les Américains. Si ces deux projets devaient voir le jour dans les prochains mois ou années, ils mettraient définitivement fin au rêve palestinien d’avoir un État indépendant disposant d’une continuité territoriale et rendraient impossible la solution à deux États.

On peut penser que ces annonces ont comme principal objectif d’attirer l’électorat religieux de droite qui pourrait être tenté de voter pour Yamina ou encore pour Otsma Yehoudit (La Puissance juive), le parti dirigé par Itamar Ben Gvir, un disciple du rabbin raciste Kahana, et dont la liste selon tous les sondages ne passerait pas le seuil électoral de 3,25 % des voix. Il n’en est pas moins qu’elles s’inscrivent dans la politique continue d’expansion de la colonisation du gouvernement de Netanyahou.

Il reste à chaque camp quelques heures pour mobiliser ses troupes et faire en sorte que le taux d’abstention soit le plus bas possible. Celui qui réussira à le faire gagnera ces élections. Est-ce que le Likoud retrouvera les voix de ses 300 000 électeurs qui lui avaient fait défaut en septembre ? Est-ce que les Arabes iront voter dans les mêmes proportions qu’au second tour, voire plus, ce qui leur permettrait de faire entrer à la Knesset 14 ou 15 députés contre les 13 actuels ? Et est-ce que les électeurs de « l’État de Tel Aviv », qui votent généralement majoritairement pour des partis du centre ou de gauche, prendront la mesure des dangers de cette situation pour l’avenir de la démocratie du pays et sortiront voter en dépit de la crise du coronavirus et du sentiment de découragement qui a commencé à les gagner ? La réponse à ces questions déterminera sans doute le résultat de ce troisième tour.

Pour notre part, quel qu’il soit, nous continuerons à nous battre avec tous ceux, en Israël comme en diaspora, aspirent à un changement afin de préserver Israël comme un Etat juif et démocratique.

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