Éditorial de l’IDI (1) : « Nous devons faire la différence entre le Hamas et les émeutes en Israël »

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Les réponses d’Israël dans chacune de ces deux arènes, à l’intérieur des villes israéliennes et à l’extérieur vis-à-vis de Gaza, peuvent avoir des conséquences dramatiques pour l’avenir. Le but ultime du Hamas est d’entraîner les « Arabes de 1948 » (citoyens arabes d’Israël) dans le conflit. Encore aujourd’hui, il est important de noter le désir croissant de la majorité des citoyens arabes de s’intégrer dans la société israélienne, et de creuser un fossé entre eux et les dirigeants de Gaza.

20 mai 2021 |

Écrit par : Yohanan Plesner    (2)

Alors même que les émeutes et les tirs de roquettes se poursuivent, et à l’heure de la peur et de l’hostilité qui a caractérisé ces derniers jours, il est important que nous soyons conscients que ce que nous vivons n’est pas un incident isolé. En fait, nous sommes au milieu de deux événements dramatiques mais différents, et la façon dont nous gérons chacun d’eux peut avoir des conséquences profondes et à long terme pour la vie en Israël.

Les objectifs ultimes des décideurs devraient être fondés sur une distinction claire entre les actions menées contre le Hamas et le Jihad islamique dans la bande de Gaza, et la façon dont le gouvernement réagit à l’extrême violence et aux émeutes dans les villes mixtes d’Israël au cours desquelles les lignes rouges ont été franchies, et de multiples crimes commis à la fois contre des personnes et contre des biens. La lutte violente actuellement menée contre Israël par les organisations islamistes à Gaza ne doit pas se traduire par une victoire (de leur point de vue) qui consisterait à briser le rêve d’une société partagée et d’une coexistence entre citoyens juifs et arabes d’Israël.

La stratégie nationale d’Israël concernant Gaza est qu’il n’y a pas de stratégie. Au cours de la dernière décennie, le gouvernement a décidé de se contenter d’une approche tactique – c’est-à-dire l’acceptation – comme une évidence – de cycles périodiques de conflit armé avec la bande de Gaza. L’objectif modeste défini par le gouvernement pour Tsahal est de prolonger les périodes de calme entre les combats et de réduire le prix payé par Israël tout en augmentant le prix exigé de l’autre côté au combat. En effet, cette politique reconnaît la souveraineté du Hamas sur le territoire de Gaza comme un fait prédestiné, lui permettant de renforcer ses forces et d’améliorer ses méthodes de combat en vue des futures séries de combats, dans chacune desquelles nous pouvons nous attendre à voir des niveaux plus élevés de raffinement et violence.

Des alternatives réalistes à cette stratégie de statu quo

Il existe des alternatives réalistes à cette stratégie de statu quo, mais leur mise en œuvre nécessiterait une prise de décision courageuse et déterminée de la part des dirigeants nationaux.

Une alternative est basée sur le prémisse que de facto, nous reconnaissons déjà la souveraineté du Hamas, et donc le but de notre stratégie devrait être de parvenir à un accord de cessez-le-feu à long terme, ou «hudna». Cela exigera des dirigeants israéliens qu’ils soient assez courageux pour admettre qu’en effet ils reconnaissent le Hamas et sont donc prêts à « faire des affaires » avec lui.

La seconde alternative demande des décisions encore plus difficiles et de la persévérance dans sa mise en œuvre. Cela inclurait un effort étendu et systématique pour détruire les institutions et la direction du Hamas, à la fois à Gaza et en Cisjordanie, afin de permettre à l’Autorité palestinienne de régner à sa place. Cette alternative exige également du courage de la part de nos dirigeants nationaux, car tout accord avec l’Autorité palestinienne, sous la direction du Fatah, aura un prix politique.

Ces deux alternatives sont très difficiles et nécessitent une prise de décision déterminée de la part des dirigeants, et il semble donc plus facile pour les dirigeants nationaux de continuer à se « vautrer dans la boue » de son approche tactique et d’espérer que la prochaine série de combats n’arrive jamais.

Mais tant que la situation vis-à-vis de la bande de Gaza reste fragile et volatile, nous devons faire une distinction claire entre les événements internes et externes. Il est dans le plus grand intérêt du Hamas d’entraîner les « Arabes de 1948 », comme ils les appellent (c’est-à-dire les citoyens arabes d’Israël), à ouvrir un autre front contre Israël, le Hamas ouvrant la voie et donnant le ton. D’un autre côté, il est dans le plus grand intérêt d’Israël de créer la distinction la plus nette possible entre les deux événements et de les gérer avec des outils entièrement différents.

Priorité nationale de renforcer les tendances menant à l’intégration

L’éruption d’affrontements en Israël, dans ses villes mixtes et sur ses autoroutes, survient à un moment où, pour la première fois depuis des décennies, nous étions proches de la mise en place d’un gouvernement de coalition avec le soutien de partis qui représentent le public arabe. Ce que nous voyons n’est pas un virage à sens unique vers l’extrémisme et la séparation entre les Juifs et les Arabes en Israël. Au contraire, il existe également des tendances opposées, et c’est une priorité nationale de renforcer les tendances menant à l’intégration tout en dénonçant et en réprimant simultanément tout cas de violence, de pillage et de lynchage.

Normaliser la participation politique du public arabe dans les centres de décision en Israël est un objectif réaliste et réalisable. Depuis plusieurs décennies, nous assistons au désir croissant des citoyens arabes de s’intégrer dans la société israélienne. Par exemple, dans la plus récente enquête de l’IDI sur l’indice de démocratie israélienne, nous avons constaté qu’une grande majorité (81 %) du public arabe et une petite majorité (57 %) du public juif pensent que la plupart des citoyens arabes d’Israël veulent faire partie intégrante de la société israélienne. Pendant les longs mois de la pandémie de COVID-19, nous avons vu des professionnels de la santé juifs et arabes combattre le virus côte à côte dans un engagement réconfortant envers notre société commune. En juin dernier, il semblait même que la pandémie pourrait servir de pont entre les deux populations, quand environ la moitié des Israéliens ont signalé que la crise avait amélioré les relations entre eux.

Mais à côté du désir d’intégration, il existe également des données indiquant des difficultés, de la frustration et parfois même du désespoir chez les jeunes Arabes. Par exemple, environ un tiers (30 %) des Arabes âgés de 18 à 30 ans ne travaillent ni n’étudient, comme le révèle une étude du Dr Nasreen Hadad Haj-Yahya de l’Israel Democracy Institute. Ce n’est pas une justification de la violence, mais il est clair que ces jeunes n’ont pas grand-chose à perdre, sans avenir ni espoir.

Le timing de l’escalade actuelle est également lié à des sentiments religieux qui ont tendance à être particulièrement chargés pendant le Ramadan. Comme si nous avions besoin d’un rappel, nous constatons une fois de plus que la question de Jérusalem reste très sensible, avec le pouvoir de faire descendre les gens dans la rue. C’est d’autant plus le cas lorsque des informations partielles et inexactes se propagent sur les réseaux sociaux avec beaucoup d’enthousiasme, alimentant les flammes.

Le leadership national et local doit jouer un rôle essentiel.

Face à une crise interne telle que celle à laquelle nous assistons dans les villes mixtes, le leadership national et local doit jouer un rôle essentiel. Le comportement des dirigeants déterminera dans une large mesure si nous nous dirigeons ou non vers la réalisation des opportunités et des aspirations de ces dernières années pour une société partagée. Un exemple d’un tel leadership ouvrant la voie au partenariat peut être vu dans les déclarations courageuses du député Issawi Frej du Meretz, qui a appelé les dirigeants arabes à dénoncer sans équivoque les pillages et les actes de violence.

Les dirigeants israéliens doivent créer une distinction à toute épreuve entre les deux questions : développer une stratégie nationale vis-à-vis de Gaza qui n’accepte pas des séries de combats répétées comme étant un destin national ; agir pour résoudre les défis fondamentaux auxquels sont confrontés les citoyens arabes du pays, ceci afin d’accroître le fossé entre eux et les chefs du Hamas à Gaza.

L’article a été publié dans le Jerusalem Post en anglais (cliquer pour lire le texte original)

Traduction Paul Ouzi MEYERSON

 

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(1) L’Institut Israélien pour la Démocratie (IDI) est une institution connue, respectée pour sa pertinence et appréciée pour sa modération. Son but est de contribuer à améliorer la démocratie en Israël et à faire progresser les valeurs qui lui sont afférentes. L’IDI même de nombreuses études sur l’évolution de la société (justice, égalité, religion, armée, minorités, place des femmes, évolution des institutions, etc.). D’imminents universitaires, scientifiques, écrivains, journalistes y participent.

(2) Yohanan PLESNER est président de l’Institut Israélien de la Démocratie. Plesner a grandi à Jérusalem et a servi comme officier dans l’unité d’élite « Sayeret Matkal » de Tsahal. Il est diplômé d’un BA en économie de l’Université hébraïque de Jérusalem. Il est également titulaire d’un MPA en économie politique et sécurité internationale de l’Université Harvard. En 2005, le Premier ministre Ariel Sharon a nommé Plesner chef des projets spéciaux au Cabinet du Premier ministre. En 2006, il est devenu le premier secrétaire général du nouveau parti « Kadima ». De 2007 à 2013, il a été membre de la Knesset. En 2012, le Premier ministre Netanyahu a nommé Plesner à la tête du Comité qui a élaboré un plan pour intégrer la communauté ultra-orthodoxe dans le service militaire et national.

 

 

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