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“Israël expérimente l’histoire de Joseph“ – Thomas L. Friedman, New York Times

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“Israël expérimente l’histoire de Joseph“ (Thomas L. Friedman, New York Times / Traduction : Jacqueline London)

“Quel type de stratège israélien souhaiteriez-vous être aujourd’hui?

Même la Turquie est en ce moment en ébullition, le peuple y manifeste contre l’autocratisme de plus en plus marqué de son dirigeant. Il en va de même de toute la région. Heureusement pour Israël, ses proches voisins sont trop occupés par leur problèmes intérieurs pour avoir le temps de le menacer. Cependant, à plus long terme, Israël va devoir faire face à deux menaces que j’ai surnommées l’Histoire de Stephen Hawking et l’Histoire de Joseph.
Au cas où vous ne sauriez pas, Hawking, le célèbre physicien anglais, cosmologue et auteur d’ « Une Brève Histoire du Temps » («A Brief History of Time»), a annulé le voyage qu’il avait prévu pour assister ce mois-ci à la cinquième Conférence annuelle du Président de l’Etat d’Israël. L’université de Cambridge où il est professeur a précisé que cette annulation était basée sur le conseil d’universitaires palestiniens selon lequel il fallait respecter le boycott d’Israël en réponse à l’occupation de la Rive Ouest du Jourdain.
Yigal Palmor, du Ministère des Affaires Etrangères israélien, a déclaré que « jamais un scientifique de la renommée de Hawking n’avait jusque là boycotté Israël » et qu’il désapprouvait cette décision. Israël devrait plutôt être mis au défi que d’être boycotté. (Après tout, le tort est aussi du côté des palestiniens). Mais l’action de Hawking a eu une grande résonnance. Le Boston Globe a écrit que sa décision était « une façon raisonnable d’exprimer son opinion politique ». Les observateurs n’ont pas besoin d’être d’accord avec la position d’Hawking pour comprendre et même respecter son choix. Le mouvement auquel Hawking a contribué a pour but d’exercer par des moyens pacifiques une pression sur Israël.
Le théoricien politique israélien Yaron Ezrahi, auteur des « Démocraties imaginaires », fait remarquer que cela était écrit dans le Boston Globe mais pas dans Al-Ahram ! Il souligne combien, en ce temps de réseaux sociaux, de révoltes populistes et d’individus surpuissants, l’opinion publique internationale est importante. Dans le cas d’Israël, on assiste à une puissante montée de l’opinion internationale, surtout en Europe et sur les campus universitaires, pour présenter Israël comme un état paria à cause de l’occupation de la rive ouest du Jourdain. Ce n’est pas une bonne affaire pour Israël car cela le rend encore plus dépendant du soutien des seuls Etats Unis.
Cependant tout cela coïncide avec un complet effondrement de l’environnement régional d’Israël. Israël vit actuellement une version de l’ « Histoire de Joseph » de la Bible, où Joseph se fait apprécier du Pharaon en interprétant ses rêves comme un avertissement qu’après sept années fastes, il y aurait sept années maigres, et qu’il fallait donc que l’Egypte fasse des réserves de céréales. Dans le cas d’Israël, le pays a pu jouir de quarante années fastes de relative stabilité gouvernementale autour de lui. Au cours de ces quarante années, une classe de dirigeants arabes a su bénéficier directement ou indirectement de l’argent du pétrole, de l’aide de nombreux services de renseignements, et du soutien des Américains ou des Russes, pour se maintenir au pouvoir pendant plusieurs décennies. Tous ces leaders ont maitrisé d’une main de fer les conflits culturels de leurs pays: sunnites contre chiites, chrétiens contre musulmans, kurdes et palestiniens contre tous les autres. Ils ont aussi maintenu leurs islamistes sous le boisseau.
Ces leaders aux mains de fer aujourd’hui renversés – et dans l’attente de leur remplacement par des démocraties multiculturelles avec des gouvernements véritables – Israël risque de devoir faire face à plusieurs décennies d’instabilité gouvernementale, voire d’absence de gouvernement, dans les pays qui l’entourent. Seule la Jordanie offre à Israël une frontière normale. Ailleurs, Israël est confronté à des états en dysfonctionnement qui sont en train soit d’imploser (comme l’Egypte, l’Irak, le Liban, Bahrein ou la Lybie) soit d’exploser (comme la Syrie).
Mais voici qui est pire : ces leaders aux mains de fer, non seulement ont supprimé les diverses forces politiques dans leurs sociétés mais ont aussi ignoré lamentablement leurs écoles, l’environnement, l’émancipation des femmes et l’explosion des populations. Aujourd’hui, toutes ces factures arrivent juste au moment où les gouvernements sont les moins capables d’y faire face.
C’est pourquoi, la clé de voute de la stratégie d’Israël pour les années à venir doit être « la résilience », maintenir un environnement assez sécurisé et une économie florissante dans une région qui s’effondre.
De mon point de vue, ceci rend encore plus importante la solution du conflit israélo-palestinien et ce pour trois raisons : 1) pour renverser la tendance à la délégitimation internationale d’Israël ; 2) pour déconnecter Israël le plus possible des conflits qui l’entourent; 3) pour offrir un modèle.
Aujourd’hui il n’y a pas de modèles de gouvernance démocratique dans le monde arabe : les islamistes ont tous échoué. Mais si Israël prend comme partenaire la gouvernance palestinienne actuellement modérée de Cisjordanie, il a alors une chance de créer un état moderne, démocratique, avec une économie florissante et séculier dans lequel Chrétiens et Musulmans pourront vivre ensemble à côté des juifs. Ce serait un extraordinaire exemple, surtout au moment où le monde arabe n’a rien de semblable. De plus la plupart des pays ne s’opposeront pas à ce qu’Israël conserve des forces sur le Jourdain, étant donné l’instabilité au-delà, si Israël cède la majorité de Cisjordanie et les quartiers arabes autour de Jérusalem-est.
Les israéliens et les palestiniens ont ensemble la capacité de constituer un modèle pour ce que pourrait être un état arabe multireligieux et postauthoritaire. Rien ne pourrait remplir mieux les besoins à long terme des deux peuples. Dommage, leurs leaders d’aujourd’hui n’ont pas la vision à long terme de Joseph.“

 

Texte original en anglais ici :

http://www.nytimes.com/2013/06/05/opinion/friedman-israel-lives-the-joseph-story.html?_r=1&

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