Élections Israël 2019

Elections israéliennes : le compte à rebours a commencé

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Les listes en course pour le « second round » des élections israéliennes sont déposées depuis le 1er août. Il y en aura 32 cette fois-ci, soit 15 de moins qu’en avril. Selon les derniers sondages, seules 9 d’entre elles devraient franchir le seuil d’éligibilité de 3,25 % des votants, soit 4 députés ; ce qui sera un record à la baisse, car depuis 1948 le nombre de partis représentés à la Knesset a varié entre 10 à 15.

Depuis le vote de la dissolution de la 21ème Knesset en avril dernier, devant l’incapacité de Netanyahou de constituer un gouvernement, le mot clé qui a dominé la vie politique israélienne a été celui de regroupement. Instruits par les dernières élections qui avaient vu des listes ne pas franchir le seuil minimum, notamment à droite, les partis, à droite comme à gauche, ont cherché à constituer des listes communes.

A la droite du Likoud, Ayelet Shaked, ministre de la justice du gouvernement précédent, sous l’égide de laquelle ont été votées un certain nombre de lois menaçant le fonctionnement de la démocratie israélienne comme « la loi de l’État-nation », est devenue la femme politique la plus importante du pays en prenant la direction des partis de la droite religieuse. Numéro deux, derrière Naphtali Bennett, de la liste de Hayamin Ha’hadash (la Nouvelle droite) – un parti qu’ils avaient créé ensemble mais qui n’avait pas passé le seuil électoral en avril -, elle avait pourtant tenté de revenir au Likoud suite à la dissolution de la Knesset. Mais devant le refus de Netanyahou, suite au veto de sa femme Sarah, Shaked a su se servir de sa forte popularité auprès de l’électorat de droite pour prendre dans un premier temps la direction du parti de la Nouvelle droite, puis dans un second temps convaincre  les leaders du mouvement sioniste religieux à accepter la fusion de leurs listes sous sa direction. En effet, malgré les pressions exercées sur lui par Netanyahou – préférant voir deux listes à la droite du Likoud, pour éviter la perte de voix -, le rabbin Peretz, dirigeant de l’Union des droites et actuel ministre de l’Education du gouvernement transitoire a accepté que ce nouveau parti né de la fusion soit dirigé par une femme laïque. Shaked a essayé par la suite jusqu’à la dernière minute à intégrer dans sa liste les Kahanistes racistes de Otsma Yehudit (Puissance juive) et la liste de Zehout (Identité) du rabbin Moshé Feiglin. Mais Naphtali Bennett s’est opposé à cette fusion, craignant qu’une alliance avec ces extrémistes n’effraient les plus libéraux parmi ses électeurs les menant alors à voter pour des listes plus centristes. On peut espérer ne pas avoir ainsi de représentants Kahanistes dans la future Knesset.

Le Likoud reste le parti dominant à droite, mais il ne semble pas que Netanyahou sera en mesure, pas davantage qu’en avril, de constituer un gouvernement en s’alliant uniquement avec cette nouvelle liste de droite et les partis orthodoxes.

Avigdor Lieberman, avec sa liste Israël Beteinou (la Maison juive) est d’ores et déjà le gagnant de ces nouvelles élections avec les 10 députés annoncés par les sondages. C’est pour cela que Netanyahou a choisi de le prendre pour cible en le présentant comme « gauchiste » et d’axer sa campagne sur les électeurs russes, socle des supporters de Lieberman. Il essaie en ce moment d’organiser une visite de Poutine en Israël la veille des élections pour montrer qu’à la différence de ses concurrents il évolue, comme le dit sa publicité, dans « une autre ligue » parce que soutenu par les principaux leaders dans le monde. Lieberman a clairement annoncé qu’il appellerait à la constitution d’un gouvernement d’union nationale avec le Likoud, Bleu Blanc et Israel Beteinou. Et s’il ne réussissait pas à le faire, devant un éventuel refus de Bleu Blanc de participer à un gouvernement dirigé par Netanyahou s’il était mis en examen, il demanderait alors au Likoud de désigner un autre candidat comme Premier ministre. Devant ce danger, la « famille Netanyahou » et ses fidèles au sein du Likoud, craignant plus que tout une mise à l’écart de Bibi comme étant la première étape vers la prison,  ont exigé et obtenu l’engagement signé par les 40 premiers candidats du Likoud à ne pas choisir un autre leader comme Premier ministre.

La liste centriste Kahol Lavan (Bleu Blanc), dirigée par Benny Gantz, continue selon les sondages à faire jeu égal avec le Likoud. Mais le réservoir de voix à sa gauche ne lui permet pas d’espérer, à l’heure actuelle, de constituer un gouvernement centre gauche.

L’évènement majeur à gauche a été le «come back» d’Ehoud Barak. Personnalité controversée et non aimée par une partie du public, il n’en est pas moins le seul à avoir battu Netanyahou lors des élections de 1999. Il a dans un premier temps créé une liste avec différentes personnalités comme Yair Golan, ancien chef d’Etat-major adjoint, et la professeure Yifat Biton, très engagée sur les luttes sociales et candidate sur la liste Gesher en avril. Puis il a participé à la création de L’Union démocratique avec le Meretz  et plusieurs personnalités venues du Parti travailliste comme Stav Shaffir, qui avait été battue par Amir Peretz pour prendre la direction de ce parti, l’ancienne vice-présidente des verts israéliens et le rabbin à la tête du mouvement libéral en Israël.

Quant au Parti travailliste, son nouveau président Amir Peretz a choisi de s’allier avec la liste Gesher qui n’avait pas réussi à franchir le seuil minimum en avril. Gesher est une liste avec un programme très social, dirigée par Orly Levy-Abekasis, une personnalité située plutôt à droite. Mais elle est aussi la fille de l’ancien député David Levy, allié de Rabin en 1992. Malgré certaines oppositions au sein du Parti travailliste – dont celle de Shaffir qui l’a quitté – , Peretz a voulu par cette fusion attirer l’électorat des villes de la périphérie, votant traditionnellement à droite, mais pouvant être séduit par ce tandem composé par deux dirigeants d’origine marocaine, habitant l’un à Sderot et l’autre à Tibériade.

Enfin les quatre « partis arabes » ont réussi à s’entendre pour reconstituer la Liste Arabe Unie qui leur avait permis d’obtenir 13 députés en 2015. Mais cet accord sera-t-il suffisant pour remobiliser un électorat qui s’est distingué en avril par un fort taux d’abstention ? C’est une des clés des futures élections. En attendant, selon un récent sondage, seulement 42 % des Israéliens arabes ont déclaré être certains d’aller voter en septembre, alors que 26 % s’abstiendraient et 32 % hésiteraient encore. 34 % des abstentionnistes expliquent  leur refus de voter par le sentiment que leur vote n’a aucune influence sur leur quotidien, 34 % par déception de la Liste Arabe Unie, 14 % pour des raisons idéologiques, 6 % à cause de la loi Etat nation » et le reste pour d’autres raisons.

A 6 semaines des élections, les seules certitudes actuelles sont les suivantes :

  • Seulement 3 partis sur les 9, potentiellement présents dans la prochaine Knesset, appellent inconditionnellement à un gouvernement dirigé par Netanyahou : le Likoud et les deux partis orthodoxes (Yaadout Hatorah et Shas). La liste des droites unies dirigée par Shaked est divisée sur cette question ; Bennett et Shaked s’opposant à soutenir un candidat s’il devait être mis en examen.
  • Lieberman ne participera pas à une coalition composée des partis de droite et des orthodoxes.
  • Un gouvernement d’union nationale ne pourrait voir le jour que sans Netanyahou, à moins que le juge d’instruction ne décide de mettre fin aux procédures juridiques à son encontre, ce qui semble peu probable.
  • Il n’y aura pas de 3ème tour, ce qui ouvre la porte à plusieurs scénarios.

Pour l’instant, la campagne n’a pas encore vraiment commencé. Et dans la torpeur de l’été, les camps s’observent et réagissent à la moindre des déclarations ou des vidéos postées par les candidats sur les réseaux sociaux. Il serait temps que les partis arrêtent ce jeu des petites phrases et présentent leurs propositions pour répondre aux véritables problèmes concernant le quotidien et l’avenir des Israéliens, s’ils veulent réussir à les motiver à voter à ces élections, les 3èmes en un an, en comptant les élections municipales  d’octobre 2018.

Il serait temps qu’Israël s’engage dans une autre direction où soit renforcée sa démocratie en garantissant, notamment, l’indépendance de la Cour suprême et le droit des minorités et en amendant  la « loi de l’État-nation » dans l’esprit du texte de la Déclaration d’Indépendance ; une direction où, à la différence d’aujourd’hui, soient développées  les valeurs de tolérance entre les différentes composantes de la nation, sans que l’une d’entre elles ne cherche à imposer ses convictions à l’autre ; une direction où enfin soit recherché de façon active un accord avec les Palestiniens sur la base de deux États qui mette fin à l’occupation et garantisse l’avenir d’Israël comme Etat juif ET démocratique.

En juillet dernier, Netanyahou est devenu le Premier ministre le plus longtemps en poste depuis la création du pays, dépassant en longévité David Ben Gourion. Cet évènement, très largement commenté dans les médias, a suscité la comparaison de l’héritage des deux hommes. On laissera aux historiens futurs le soin de faire ce travail. Néanmoins, et compte tenu de la situation politique actuelle, le sentiment qu’Israël était entré, d’ores et déjà, dans l’ère post Netanyahou, était présent dans beaucoup des commentaires. L’avenir proche nous le dira !

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