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Publié initialement le  7 décembre 2012 sur le site de l’association Un Cœur pour la Paix

Il s’appelle Saïf et vit en Palestine, à Ramallah. Tous ses rêves se sont écroulés lorsque qu’une grave malformation cardiaque pouvant être fatale a été diagnostiqué à son bébé. Mais grâce à l’association Un Cœur pour la Paix, son enfant sera soigné gratuitement à l’hôpital Hadassah de Jérusalem. L’enfant de Saïf rejoindra ainsi les plus de 400 enfants de Cisjordanie et Gaza soignés grâce à Un Cœur pour la Paix depuis la création de l’association en mai 2005.

« C’était à l’occasion d’un voyage en Israël avec des collègues français, se souvient Muriel Haïm, présidente et membre fondatrice d’Un Cœur pour la Paix. Jean-Jacques Rein, le chef du service de cardiologie pédiatrique de l’hôpital Hadassah, nous a dit qu’il ne faisait pas de différence entre patients palestiniens et israéliens, malgré le contexte du conflit israélo-palestinien. » Impressionnée, elle lui demande ce qu’elle peut faire pour l’aider. Le professeur Rein lui explique alors qu’il aimerait opérer 50 enfants supplémentaires par an.
« Comme de nombreux autres pays du Sud, l’Autorité palestinienne se concentre sur les soins primaires, médecine de ville et dispensaires »

Mais pour cela, l’hôpital a besoin d’argent. « De retour en France, nous avons immédiatement fondé l’association. poursuit Muriel Haïm. Nous avons eu la chance de trouver rapidement l’argent nécessaire, et dès septembre 2005, un premier enfant a pu être opéré. » Environ 300 enfants palestiniens naissent chaque année avec une malformation congénitale du cœur. Le taux élevé de mariages consanguins (46%), entre cousins plus ou moins proches, en est la cause.

Pourtant les territoires palestiniens sont mal équipés pour dépister et soigner les enfants atteints de problèmes cardiaques. « Comme de nombreux autres pays du Sud, l’Autorité palestinienne se concentre sur les soins primaires, médecine de ville et dispensaires », explique Muriel Haïm. De plus, l’Autorité palestinienne n’a pas encore les moyens de mettre en place une sécurité sociale. Or la cardiologie pédiatrique coûte fort cher. « Une opération coûte 14 000 €, financée pour moitié par l’hôpital Hadassah et pour moitié par Un Cœur pour la Paix, précise Muriel Haïm. Les familles n’ont ainsi rien à payer. Par ailleurs, le prix d’un bon matériel de cardiologie, notamment pour le dépistage par échographie, peut monter jusqu’à 90 000 €. »

Il est par ailleurs impossible d’ignorer le contexte du conflit israélo-palestinien. Les petits patients viennent pour 40% de la bande de Gaza, le reste de Cisjordanie. « Nous nous sommes organisés pour faire face à la situation de Gaza, détaille Muriel Haïm. Lorsque notre correspondant à Gaza diagnostique un enfant, il contacte le Pr. Rein ou Nael El-Laham. Pour les opérations urgentes, il faut accompagner le fax demandant l’autorisation de passer les deux check-points (sortie de Gaza puis entrée en Israël) d’un document précisant le poids, l’âge, les noms et prénoms de l’enfant et de la personne l’accompagne. Les deux personnes sont emmenées en ambulance jusqu’au check-point d’Erez. Là, elles doivent changent d’ambulance. En cas d’urgence, le petit patient peut être à Jérusalem en 3 heures. »

Malgré tout, la maladie rapproche les familles. « Les mères sont solidaires face à la maladie. En salle de soins intensifs, Israéliennes et Palestiniennes se côtoient. Lorsque l’une d’entre pleure à cause de la maladie de son enfant, les autres viennent la réconforter », raconte Muriel Haïm. Un Cœur pour la Paix anime aussi des groupes de parole entre mères israéliennes et palestiniennes. Il arrive aussi qu’un petit Palestinien et un petit Israélien partagent la même chambre. « Les familles que nous aidons ne sont plus inquiètes à l’idée de venir à Hadassah, ajoute Muriel Haïm, elles savent par le bouche à oreille qu’elles seront bien traitées. Et puis l’hôpital compte des infirmières et médecins palestiniens. »

Par ailleurs, Un Cœur pour la Paix ne se limite pas au financement des opérations chirurgicales. L’association assure également un transfert de compétences en formant des médecins et des techniciens palestiniens (156 en 2012). Elle mène également des campagnes d’information et de sensibilisation auprès des généralistes pour qu’ils reconnaissent les familles à risque. Nael El-Naham, un médecin palestinien que nous avons formé par l’association, a ouvert fin octobre une clinique pédiatrique de Ramallah. Un Cœur pour la Paix va financer une partie du budget de la clinique pendant 3 ans. « Le but à terme, c’est bien sûr que l’on n’ait plus besoin de nous », affirme Muriel Haïm.

Yannick Le Bars

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