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Israël face au désengagement américain dans la région

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Un mois après les élections, Israël n’a toujours pas de gouvernement. Netanyahou a une fois de plus échoué à le former et Gantz aura tout autant de difficultés à le faire, comme nous l’avions analysé dans notre article précédent. Si un troisième tour devait avoir lieu, les Israéliens, qui n’en veulent pas, en rendraient responsable Netanyahou pour 33%, Gantz pour 20% et les deux pour 25%, selon un récent sondage. Il est intéressant de noter que, si le vote devait avoir lieu aujourd’hui, le résultat serait sensiblement le même qu’en septembre. La situation semble donc bloquée pour l’instant et l’on assiste, depuis la décision du Président Rivlin de confier à Netanyahou le mandat pour former un gouvernement, à une partie de poker menteur, chacun des protagonistes voulant faire porter aux autres l’échec des négociations.

En fait, tout le pays est suspendu à la décision des juges d’inculper ou pas Netanyahou dans les trois dossiers pour lesquels il est mis en accusation. Les auditions étant maintenant terminées, le procureur général de l’État, Avishaï Mandelblit doit décider maintenant si Netanyahou doit être inculpé. Selon la plupart des commentateurs, cette décision devrait intervenir au plus tard vers la mi-décembre. Si Netanyahou devait être inculpé, selon ce même sondage, 59% des Israéliens pensent qu’il devrait démissionner et seulement 28% qu’il devrait continuer à rester Premier ministre. 52% pensent qu’en cas d’inculpation, il devrait laisser à un autre membre du Likoud le soin de tenter de constituer un gouvernement. Après avoir été tenté d’organiser des primaires rapides au sein du Likoud pour regagner une légitimité, Netanyahou y a renoncé quand Guideon Saar, un des plus sérieux prétendants à sa succession, a annoncé qu’il était prêt à briguer la direction du Likoud à sa place.

Israël va donc continuer à être gouverné par un gouvernement de transition qui ne pourra prendre aucune décision, et cela à un moment où la situation s’aggrave dans la région, entre les bombardements iraniens en Arabie saoudite et l’invasion turque en Syrie contre les Kurdes. Netanyahou ne manque pas une occasion de parler des menaces qui pèsent sur le pays, les comparant à la situation à la veille de la guerre de Kippour. Il insiste aussi sur la nécessité pour Israël de devoir faire de lourds investissements pour améliorer sa sécurité, ce qui constituera une lourde charge sur son économie déjà en difficulté. La plupart des commentateurs ne manquent pas de rappeler qu’il y a peu de temps, pendant la campagne électorale, Netanyahou insistait au contraire sur la bonne santé de l’économie et la sécurité relative dans laquelle le pays se trouvait du fait de sa bonne politique. Et de se demander: quand est-ce que Netanyahou ment?

Mais alors qu’Israël est enlisé dans cette crise politique dont on ne voit pas la fin, la situation dans la région devient de plus en plus dangereuse. Cela a commencé par l’offensive iranienne sur les installations pétrolières saoudiennes, qui n’a pas provoqué la moindre réaction américaine. Puis on assiste maintenant à l’invasion par les Turcs du Nord de la Syrie pour en chasser les Kurdes qui avaient été en première ligne dans la guerre contre Daech. Cette invasion a été déclenchée suite à l’annonce de Trump du repli des troupes américaines de Syrie, laissant seuls leurs anciens alliés kurdes face aux Turcs. Alors que dans la plupart des pays occidentaux, et même au sein du parti républicain américain, cette décision est critiquée, Netanyahou reste bien silencieux devant cet abandon par son «grand ami» Trump de ses alliés dans la région. Il ne parle plus des promesses faites avant les élections d’un accord de défense mutuelle avec les États-Unis, dont on peut justement maintenant douter de la fiabilité.

Ce désengagement américain de la région, commencé il est vrai sous  Obama, va avoir des lourdes conséquences dans le futur. Israël ne peut pas construire toute sa politique régionale en ne cherchant que l’aval américain. Et on peut être très dubitatif sur l’avenir du «deal du siècle» promis par Trump, si tant est qu’il redevienne d’actualité un jour. Israël n’a pas d’autre choix, s’il veut véritablement essayer de mettre fin au conflit avec les Palestiniens, que de reprendre des négociations directement avec l’Autorité palestinienne. Cette question, largement occultée pendant la campagne électorale, devra être à l’agenda du futur gouvernement dont Israël a besoin pour s’atteler enfin aux véritables problèmes du pays.

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