Le débat mercredi 23 septembre à la primaire pour désigner le candidat socialiste aux prochaines élections présidentielles a été l’occasion de constater, une fois de plus, l’importance prise aujourd’hui dans le débat public par le conflit israélo-palestinien. Bien que ce débat a opposé des candidats issus de la même famille politique, des divergences d’analyse et surtout de sensibilité sont vite apparues. Et le plus significatif c’est que chacun d’entre eux a veillé à bien préciser sa position pour manifester sa différence sur cette question, comme si sur ce sujet se jouait son élection.
Israël avait-il commis un génocide ou seulement des crimes de guerre ? Faut-il rompre les accords d’association entre Israël et l’Union européenne? Les Juifs français sont-ils sommés de prendre position pour se distancer de la politique de l’État d’Israël, voire de la condamner? On peut constater d’ailleurs que cette dernière injonction est de plus en plus faite aux artistes juifs pour leur permettre de continuer à exercer leur métier. Le fait même que cette question puisse être envisagée, et parfois même posée publiquement aujourd’hui, en dit long sur l’état de notre République. On peut comprendre le désarroi de citoyens juifs français qui se posent de plus en plus la question de leur avenir en son sein.
Comment en est-on arrivé là ? N’y-a-t-il pas d’autres sujets plus importants à débattre pour les élections que cette question ?
Les massacres du 7 Octobre, qui avaient suscité une vague de sympathie et de soutien dans beaucoup de pays occidentaux, allant même pour certains d’entre eux jusqu’à projeter sur leurs monuments les couleurs du drapeau israélien, ont vite été oubliés. Les images de ces massacres, que le Hamas avait intentionnellement diffusées en direct, ont vite été effacées les jours suivants par celles de Gaza où plus de 80% des bâtiments et infrastructures ont été détruits ou endommagés par les bombardements israéliens et les combats au sein des villes. Puis celles de la population gazaouie prise en étau entre les deux camps, devant se déplacer constamment pour chercher refuge et nourriture, ont vite submergé les écrans et gagner la compassion du monde.
Pourquoi devons nous être sommés de choisir un camp? Ne peut-on pas à la fois condamner les crimes du Hamas et la réaction disproportionnée de l’armée israélienne dans sa façon de mener cette guerre?
« Naza », un documentaire réalisé par deux Israéliens, mettant en évidence l’ampleur des dommages collatéraux sur la population civile palestinienne, a fait la une des médias ces jours-ci. Beaucoup se sont exprimés sur ce sujet alors que peu de personnes ont déjà pu voir le film. Si ces réalisateurs ont eu raison d’affronter cette question – et on peut noter au passage qu’il est remarquable qu’ils aient pu le faire alors que leur pays est encore en guerre – on peut s’interroger sur la rigueur de leur travail, aux dires mêmes de la presse israélienne critique du gouvernement et de sa conduite de la guerre. (voir article Marc Lefevre). Il est en tout cas regrettable que ce film soit sorti à la veille des élections. C’est une aubaine pour Nétanyahou pour remobiliser son électorat défaillant en désignant à leur vindicte ces deux « traitres » pour faire oublier ses propres responsabilités dans l’état du pays.
On ne peut constater malheureusement qu’en France, comme en Israël, beaucoup d’électeurs vont être conduits par leurs émotions pour décider de leurs choix, alors que la situation mondiale, et nationale, devrait nous pousser à l’analyser froidement pour ne pas se faire piéger par des approches populistes.
David Chemla




