Un Yom Haatsmaout à la veille de choix cruciaux

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Israël s’apprête à fêter son soixante-dix huitième anniversaire. Pour beaucoup de Juifs dans le monde, cet évènement est encore vécu comme un miracle, celui de voir cet État continuer à se développer malgré un environnement globalement hostile et restant pour eux une assurance vie, surtout ces dernières années alors qu’ils sont confrontés à une vague d’antisémitisme sans précédent depuis 1945 dans les pays occidentaux où ils vivent majoritairement.

En Israël, le regard porté sur l’État par la majorité des Israéliens juifs n’est pas le même qu’en diaspora. Plus de 90% d’entre eux sont nés après sa création et, pour plus des trois quarts, ils sont même natifs du pays. Ils ont pour la plupart atteint leur âge adulte dans l’Israël d’après la guerre des Six jours, un pays qui vivait une période d’ouverture sur le monde avec l’assurance de disposer des moyens de sa défense, très fier des succès de son armée et de ses services secrets. Pour eux, Israël n’est pas une construction intellectuelle, un espoir imaginaire, mais une réalité charnelle, avec ses paysages si différents du Nord au Sud du pays et ses odeurs spécifiques, sa population diversifiée et divisée en tribus mais capable, si nécessaire, de se retrouver pour s’entraider.

A deux reprises, cette assurance a été ébranlée. En octobre 1973 d’abord et, 50 ans plus tard, le 7 Octobre 2023. Dans les deux cas, la surprise des attaques des armées égyptienne et syrienne pour la première et du Hamas ensuite a montré les failles des services de sécurité et de l’armée dans leur appréciation de la menace ennemie et surtout leur mépris pour la capacité de l’adversaire à prendre des initiatives qui mettraient en danger le pays. Mais cet échec a été d’abord celui de la direction politique du pays qui, dans les deux cas, grisée par sa propre force, n’a pas cherché à mettre fin au conflit entre Israël et ses voisins. Pourtant après 1973, à deux reprises, les dirigeants israéliens ont su faire les bons choix, quand ils se sont présentés, faire le pari de la paix : Begin d’abord avec l’Egypte, puis Rabin avec la Jordanie. Avec Pérès, Rabin a même entamé un processus politique avec les Palestiniens qui s’est enlisé après son assassinat et arrêté depuis.

Aujourd’hui, au sortir d’une guerre menée sur plusieurs fronts simultanément, la plus longue depuis celle de 1948, la population israélienne sort épuisée et plus divisée que jamais. Netanyahou lui a fait croire, pour effacer sa propre responsabilité et celle de son gouvernement dans les massacres du 7 Octobre, qu’il réussirait à éliminer par la force toutes les menaces  extérieures : le Hamas à Gaza, le Hezbollah au Liban et celle du nucléaire iranien. Après plus de deux ans et demi de guerre, ses promesses sont restées vaines. Le Hamas, certes très affaibli, est toujours capable de reconstituer ses forces dans une bande de Gaza dévastée où aucune alternative politique n’est proposée à une population en détresse. Le Hezbollah, malgré une direction décapitée, est toujours capable de tirer des missiles et des drones sur le Nord d’Israël, et il pourra continuer à le faire même s’il est refoulé au-delà du Litani. Quant à l’Iran, tous les pronostics faits par  Netanyahou à Trump, pour le persuader d’entrer dans cette guerre, de voir le régime iranien s’effondrer à la suite de l’élimination de la plupart de ses dirigeants, se sont avérés, pour l’instant, erronés.

Comme à Gaza il y a quelques mois, Israël se dirige aujourd’hui vers un cessez-le-feu avec le Liban et l’Iran, une fois de plus, sous la pression de Trump qui veut mettre fin à une guerre très impopulaire aux États-Unis, à quelques mois d’élections cruciales pour lui. La population israélienne accueillera ces cessez-le-feu avec en même temps un sentiment de soulagement et celui d’avoir été, une fois de plus, trompée. Saura-t-elle en tirer des conclusions lors des prochaines élections ? En effet, pour que ces cessez-le-feu puissent évoluer vers des accords régionaux, voire de paix, notamment avec le Liban, cela nécessiterait un changement d’orientation politique de la part du gouvernement israélien, peu compatible avec sa direction actuelle.

Mais c’est sur le plan intérieur que sera sans doute jugé le bilan de Netanyahou lors des prochaines élections. Il s’est attaqué depuis quatre ans à tous les fondements de la démocratie sur lesquels s’est construit le pays : la Cour suprême, seul contrepouvoir face à celui de l’exécutif et du législatif ; l’indépendance de la presse et des médias audiovisuels ; la neutralité de la police qui est devenue de plus en plus un outil au service de son ministre d’extrême droite Ben Gvir … On pourrait continuer de décliner toutes les dérives de ce pouvoir : le refus de mettre en place une commission nationale pour examiner les responsabilités de chacun dans les massacres du 7 Octobre ; la corruption de ses ministres dont beaucoup, à commencer par le premier d’entre eux, sont impliqués dans des procédures judiciaires ; l’état de non droit en Cisjordanie où la frange la plus extrémiste des colons religieux se livre impunément à des pogroms contre des Palestiniens ; les distributions de millions de shekels aux populations orthodoxes au détriment de celles du Nord et du Sud du pays qui ont perdu souvent leur maison et leur travail dans cette guerre ; le vote d’une loi pour dispenser les orthodoxes de la charge d’assurer la défense du pays qui repose majoritairement sur la partie active de la population alors qu’il manque des soldats …

Quel bilan tirer de ces 78 années ?

Celui d’un pays où une majorité gouvernementale à des fins populistes et électorales fait vite passer des lois avant, peut-être, de perdre le pouvoir dans quelques mois, comme celle du vote de la peine de mort destinée uniquement aux terroristes palestiniens coupables de meurtres, une loi qui, même si comme beaucoup l’espère sera rejetée par la Cour suprême, restera une tâche sur la Knesset ?  Un pays où une majorité gouvernementale décide de la construction de 34 nouvelles colonies dans la zone C de Cisjordanie sous son contrôle pour rendre impossible l’éventualité de la solution à Deux États ?

Ou celui d’un pays où la population s’est levée le 7 Octobre pour suppléer à un État défaillant et aider les personnes déplacées du Nord et du Sud ? Un pays où la population a su, semaine après semaine, se mobiliser par dizaines de milliers pour défendre sa démocratie et bloquer des réformes qui la mettaient en danger ? Un pays où la population, contre les choix de son gouvernement, a refusé d’abandonner ses otages et a obtenu leur libération ?

Si 78 ans pour un homme ou une femme, est l’âge où l’on commence à faire le bilan de sa vie, ce n’est pas le cas pour un pays encore en construction. Souhaitons lui, et surtout à sa population, qu’il ait la sagesse malgré toutes les menaces internes comme externes, de faire les bons choix pour préserver ce qui fut au regard de l’Histoire un miracle il y a 78 ans, la création d’une démocratie libérale, certes imparfaite, mais ouverte au monde, « un État fondé sur la liberté, la justice et la paix selon l’idéal des prophètes d’Israël; (qui) assurera la plus complète égalité sociale et politique à tous ses habitants sans distinction de religion, de race ou de sexe; (et) garantira la liberté de culte, de conscience, de langue, d’éducation et de culture …», comme l’ont inscrit dans la Déclaration d’Indépendance ses pères fondateurs.  !

Bon anniversaire Israël !

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