La dernière création de Donald Trump, le Conseil de la paix, n’a pas suscité un grand élan à Davos, où l’intéressé s’est plutôt ridiculisé. Benyamin Netanyahou a toutefois rejoint ce conseil, illustrant de facto sa dépendance vis-à-vis du président américain.
Dans l’approche impériale qui caractérise son second mandat, Trump a trouvé dans le Conseil de la paix exactement ce qu’il recherchait : un nouvel ordre mondial qu’il façonnerait lui-même, présenté comme un club auquel on peut adhérer contre de l’argent, exactement comme son club de Mar-a-Lago. Initialement conçu pour Gaza, ce Conseil de la paix a vu son périmètre d’action élargi par Trump afin de devenir un outil permettant de contournement de l’ONU et de mépris du multilatéralisme.
Sans surprise, les pays qui ont rejoint le Conseil de la paix sont idéologiquement alignés sur Trump, défiant les règles internationales et habiles pour manœuvrer en sa présence, en le flattant ou en le soudoyant. La Hongrie d’Orban l’a rejoint, contrairement au reste de l’Europe, tout comme l’Argentine de Milei, l’ensemble des pays du Golfe et la Turquie d’Erdogan, entre autres. Quant à l’objectif initial de ce Conseil, Gaza, la présence du Qatar et de la Turquie, proches du Hamas, constitue une ligne rouges évidente pour Israël, comme l’a dit Netanyahou. Cela ne l’a pourtant pas empêché d’y adhérer officiellement le 21 janvier, peut-être pour en surveiller l’évolution mais surtout par volonté de plaire à Trump, illustrée de manière caricaturale par son tweet élogieux à l’occasion du premier anniversaire de la seconde présidence de ce dernier.
Un pari risqué pour Israël
Cet alignement sur Trump n’est pas seulement problématique pour la sécurité d’Israël à Gaza avec l’inclusion du Qatar et de la Turquie. Dans le monde divisé observé à Davos, Israël a choisi d’appartenir à la « Team Trump », pour le meilleur ou pour le pire. Ce faisant, il a tourné le dos au monde libéral-démocratique et a embrassé le monde illibéral, dans ce nouvel ordre — ou plutôt désordre — mondial. Ce choix est un pari risqué, et ce pour plusieurs raisons. D’abord, parce que la nature transactionnelle de Trump ne garantit sa loyauté envers aucun pays ni aucune personne, si ce n’est lui-même. Ensuite, parce qu’il confirme l’alignement d’Israël sur la vision trumpienne de l’Amérique, creusant encore davantage le fossé avec les Démocrates et rendant Israël encore plus impopulaire aux États-Unis, en particulier auprès des jeunes générations. Enfin, parce que cette alliance en faveur d’un ordre mondial illibéral va à l’encontre de l’opinion de la majorité des Juifs américains attachés à l’état de droit comme pilier de leur sécurité. Pour toutes ces raisons, ce pari peut rapporter à court terme, mais il est profondément dangereux à long terme pour Israël.
Netanyahou est trop intelligent pour ignorer le pacte faustien dans lequel il engage Israël. À une approche de type « Après nous le déluge » de la marquise de Pompadour, qui complète la maxime louis-quatorzienne, « L’État, c’est moi », Netanyahou sait surtout qu’il n’a plus d’autres cartes en main. Après avoir brûlé les ponts avec les démocrates et la majorité des Juifs américains au cours des vingt dernières années, et avoir flatté Trump sans relâche, il n’a d’autre choix que de tout miser sur lui, aussi imprévisible soit le président américain, y compris lorsqu’il agit contre les intérêts d’Israël. Le Conseil de la paix de Trump ne pourrait être plus trumpien : transactionnel, sans respect du droit et narcissique. L’adhésion de Netanyahou est du « Bibi » pur jus : cynique et à courte vue, commode pour lui-même et dangereux pour l’État d’Israël.
Sébastien Lévi




