Le 18 février, deux visions israéliennes ont été présentées lors d’une réunion du Conseil de sécurité de l’ONU sur le conflit israélo-palestinien.
Nadav Tamir, ancien consul israélien à Boston, ancien conseiller du président Shimon Peres et actuel directeur exécutif de J Street Israel, a défendu la vision d’une solution à deux États fondée sur un compromis territorial avec les Palestiniens et sur l’intégration régionale d’Israël.
Gideon Saar, ministre israélien des Affaires étrangères, a évoqué les droits inaliénables du peuple juif en Judée-Samarie — le nom biblique de la Cisjordanie — et a défendu le droit d’Israël d’y étendre sa souveraineté.
Gideon Saar a raison quant au lien du peuple juif avec la Terre d’Israël, Eretz Israël, ce qui ridiculise l’argument présentant le sionisme comme une forme de colonialisme. Il est vrai que la Judée-Samarie fait partie de la terre biblique d’Israël, et qu’il s’agit effectivement d’une « terre juive ». Mais cela ne justifie en aucune manière son annexion à l’État d’Israël. En un sens, son caractère juif ne justifie pas son « israélianité ».
Il existe un dicton célèbre en hébreu : « Al tihie tsodek, tihie khakham » — « ne sois pas seulement dans ton droit, sois intelligent ». L’État d’Israël, foyer national du peuple juif, pourrait être « dans son droit » d’annexer la Cisjordanie d’un point de vue idéologique, voire historique, mais il ne serait pas sage de le faire d’un point de vue national et politique.
Annexer la Cisjordanie aujourd’hui signifierait intégrer à l’État d’Israël deux millions de Palestiniens et faire face à un choix très clair : leur accorder la citoyenneté israélienne et mettre en péril le caractère juif d’Israël, ou ne pas la leur accorder et mettre en péril son caractère démocratique. L’annexion rendrait en réalité impossible la poursuite d’Israël en tant qu’État juif et démocratique, ce qui reviendrait à répudier le sionisme politique qui a permis la création de l’État d’Israël.
Israël ne dispose pas de constitution. Dans son document fondateur, il est clairement indiqué que tous ses citoyens bénéficieront de droits égaux, et Israël peut aujourd’hui affirmer qu’il est une véritable démocratie, dans ses frontières reconnues. Les modifier aujourd’hui et annexer la Cisjordanie changerait cette réalité.
L’annexion de la Cisjordanie n’est pas un impératif sécuritaire, puisque les forces de sécurité peuvent rester sur place pendant de nombreuses années, jusqu’à ce qu’une solution soit trouvée, sans qu’il soit nécessaire d’étendre les colonies et d’annexer formellement le territoire. Il s’agit d’un impératif idéologique : l’aboutissement du projet des sionistes nationaux-religieux, qui ont toujours considéré la démocratie comme un élément accessoire du projet sioniste, et non comme une condition préalable.
En 1947, l’ONU a proposé un plan de partage imparfait, avec des frontières baroques et l’attribution aux Arabes des parties les plus juives d’Eretz Israël. L’Agence juive l’a accepté, tandis que les Arabes l’ont rejeté — un fait que même les Israéliens de droite invoquent aujourd’hui pour expliquer (à juste titre) la situation dramatique des Palestiniens. Les dirigeants juifs étaient pragmatiques : ils comprenaient que la réalisation du projet sioniste impliquait des sacrifices concernant la terre juive.
Le choix à faire aujourd’hui reste le même. Il oppose souveraineté israélienne et propriété juive, et quatre-vingts ans après le plan de partage, il s’est à nouveau manifesté à l’ONU, à travers le débat entre Saar et Tamir.
Gideon Saar a raison : des pièces de monnaie ont récemment été découvertes, attestant d’une présence juive en Judée-Samarie il y a des milliers d’années. Mais la vision de Nadav Tamir est en réalité la seule qui puisse garantir la continuité et l’épanouissement du projet sioniste, ainsi que la préservation d’Israël en tant qu’État juif et démocratique.
Sébastien Lévi




