La dernière ligne droite

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Cette newsletter est la dernière que nous vous adressons avant le 27 octobre, date du prochain scrutin en Israël. Tout au long de l’année nous avons analysé les conséquences de la politique du gouvernement de Netanyahou avec ses attaques contre la démocratie et la montée des violences aussi bien en Cisjordanie contre la population palestinienne, qu’au sein de la société israélienne, le tout dans un contexte de renforcement d’un discours messianique. Nous avons aussi décrit les enjeux de ces élections, à la fois pour l’identité et l’avenir d’Israël et mais aussi pour les citoyens juifs de la diaspora, qu’ils se reconnaissent ou non une attache à ce pays, et dont certains, surtout parmi les jeunes, ont de plus en plus de mal à comprendre les choix politiques. [1]

On vient de commémorer les 3 ans des massacres du 7-Octobre. En Israël cette date restera longtemps celle d’un traumatisme national que chacun a vécu comme une tragédie personnelle, même s’il n’avait pas des proches parmi les 1200 victimes et les 251 personnes prises en otage ce jour-là. Le 7-Octobre, ce sont des civils qui ont été attaqués par les terroristes du Hamas et qui, du fait de la faible présence de Tsahal sur le front, ont dû se défendre seuls et ont subi les viols, tortures et massacres. Pour la première fois de leur histoire, les Israéliens se sont trouvés dans la situation de leurs grands-parents démunis pendant la Shoah, malgré toute la puissance de leur armée. Les institutions de l’État ne fonctionnaient plus et il a fallu plusieurs jours à l’armée pour reprendre le contrôle des zones où les membres du Hamas s’étaient infiltrés.

C’est la société civile qui, dès le lendemain, a suppléé l’État en venant en aide aux populations déplacées du Sud et du Nord du pays, nourri les soldats envoyés au front, puis, après le cessez-le-feu, s’est mobilisée pour participer aux travaux agricoles dans les moshavim et kibboutzim manquant de main d’œuvre ou pour reconstruire les maisons détruites. C’est cette même société civile, qui avait manifesté avant la guerre contre la réforme judiciaire voulue par ce gouvernement et avait réussi à la bloquer, qui s’est engagée et tenue aux côtés des familles des otages jusqu’à obtenir leur libération.

Aujourd’hui, c’est cette même société qui déterminera le sort de ces élections. Est-ce qu’elle se mobilisera avec la même détermination le jour du vote ? Parce que l’une des clés de ces élections est le taux de participation des électeurs. En 2022, il était de 70,6%. Mais ce taux n’était pas le même selon les régions et les populations. Il était de 60% dans les villes libérales comme Tel Aviv, de 64% dans les villes de droite comme Ashdod, de 75% dans les colonies en Cisjordanie, et de 82% dans les villes orthodoxes. Donc plus les électeurs libéraux iront voter et plus le taux de participation sera élevé, ce qui aura comme effet de hausser le nombre de bulletins nécessaire à chaque liste pour être représentée dans la future Knesset[2].  Ainsi deux petites listes de droite pourraient ne pas passer le seuil minimum, selon les sondages, ce qui affaiblirait l’ensemble du bloc de droite.

Le taux de participation des Arabes sera aussi un des déterminants du résultat de ces élections. En 2022 leur taux de participation était de 53,2% et les partis les représentant ont obtenu 10 députés. Mais en 2020 avec un taux de 64,8%, ils avaient obtenu 15 mandats. Et, comme les sondages prévoient cette année une forte mobilisation de leur électorat, auquel s’adjoignent également beaucoup d’électeurs juifs, ils vont se trouver en position de faiseurs de roi, puisque ni le bloc de la coalition actuelle ni celui du changement n’obtiendrait à lui seul une majorité.

Parmi les quatre partis sionistes de l’opposition[3], seul celui des Démocrates soutient la participation au futur gouvernement de Ra’am, le parti islamiste dirigé par Mansour Abbas qui avait déjà participé à celui de Bennett/Lapid en 2022. Est-ce que les trois autres partis changeront de position après les élections, s’il s’avère que le soutien de Ra’am leur est indispensable pour constituer un gouvernement ?  Il est intéressant de noter à ce propos que, selon une enquête de l’Institut pour la Démocratie en Israël (IDI)[4], 50 % des électeurs de l’opposition y seraient favorables et 14,5%  de plus accepteraient son soutien externe.

Souvenons-nous que le gouvernement Rabin de 1992 à 1995 était minoritaire, et qu’avec un soutien externe des partis arabes, il avait pu obtenir le soutien de la Knesset aux accords d’Oslo.

Selon les sondages, 10% des électeurs n’ont pas encore décidé de leur vote. Leurs hésitations portent moins sur leur choix entre les deux blocs (c’est le cas pour 2,5% d’entre eux) qu’entre les partis au sein même de chaque bloc. On peut craindre aussi qu’en dernière minute certains électeurs fassent le choix du vote utile en votant pour le parti hégémonique au sein de son bloc afin de le renforcer, ce qui pourrait affaiblir les autres partis.

Craignant des risques de perturbation le jour du scrutin, beaucoup de volontaires se sont inscrits pour être assesseurs et scrutateurs. Espérons que malgré toutes ces craintes, et les tensions existantes actuellement dans la région, ces élections cruciales se dérouleront comme prévu

Les résultats officiels seront déclarés le 4 novembre, une fois que seront comptabilisées toutes les voix, notamment celles des soldats et des diplomates à l’étranger qui sont les seuls autorisés à voter en dehors du pays. Puis le président Herzog demandera à chacun des leaders de liste celui qu’il propose pour le poste de Premier ministre. C’est à lui que, généralement, le président confiera ensuite la mission d’essayer de constituer un gouvernement. Celui-ci disposera d’une période de 28 jours pour le faire, qui pourrait, à sa demande, être prolongée de 14 jours. En cas d’échec, le président peut proposer un autre candidat qui, à son tour, ne disposera que de 28 jours pour réussir à former un gouvernement.  Et s’il n’y arrive pas, le pays devra retourner aux urnes dans les prochains mois. Et, en attendant, le gouvernement actuel continuera à exercer le pouvoir.

Espérons que cela ne sera pas le cas et qu’à l’issue de ces élections, un résultat clair permettra à Israël d’ouvrir une nouvelle page de son histoire.

David Chemla

[1] Voir l’enregistrement de nos réunions sur notre chaîne JCallTv sur YouTube https://www.youtube.com/user/JCallTv

[2] Pour que ses bulletins soient validés, une liste doit atteindre le seuil minimum fixé à 3,25% du nombre des votants

[3] Yashar avec Gadi Eizenkot, Beyahad avec Naphtali Bennett and Yaïr Lapid, Israel Beteinou avec Avigdor Liberman and The Democrats avec Yaïr Golan

[4] https://en.idi.org.il/articles/62950

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