| Manifestation organisée par le « Mouvement pour la qualité de la gouvernance » – place Habima Tel Aviv, Samedi 22 août 2026 |
Le 8 septembre seront connues les listes qui vont se présenter devant les électeurs israéliens le 27 octobre prochain pour élire la 26ème Knesset. Bien que les sondages prédisent régulièrement que la coalition sortante ne retrouvera pas sa majorité, ils n’indiquent pas pour autant que l’opposition actuelle sera en mesure d’en disposer une sans la participation d’au moins une des « listes arabes ». Le vote des Arabes israéliens, représentant près de 20% des électeurs, sera déterminant. C’est pourquoi nous avons décidé d’en faire le sujet de notre prochaine réunion en vidéo conférence le 14 septembre prochain.
Mais au-delà de l’arithmétique électorale, nous devons tous mesurer le principal enjeu de ces élections. La société israélienne est confrontée aujourd’hui à un choix crucial qui va déterminer son avenir, et également celui des Juifs de la diaspora.
Soit elle continue d’évoluer vers une société illibérale où la majorité au pouvoir va achever, si elle est réélue, la destruction des garde-fous qui protègent encore sa démocratie fragile – une société où la frange extrémiste en son sein va poursuivre son rêve messianique en poussant les Palestiniens vivant aujourd’hui à Gaza, et demain ceux de Cisjordanie, à l’émigration, alors qu’aucun pays au monde n’est prêt à les recevoir, mettant ainsi en danger les premiers accords de paix signés avec des pays arabes.
Si tel était le résultat des urnes, les conséquences seraient catastrophiques pour le pays. Toutes les enquêtes d’opinion prévoient déjà la poursuite de l’émigration de jeunes Israéliens qui viendraient rejoindre les 250000 d’entre eux qui les ont précédés à l’étranger ces dernières années. Une part croissante des Juifs en diaspora – les jeunes surtout – continueront de s’éloigner de ce pays dont ils ont de plus en plus de mal à comprendre les orientations. Quant au soutien indispensable à sa défense, que lui apportent encore les principales démocraties occidentales, il continuera à s’étioler. Israël a perdu depuis longtemps le capital de sympathie dont il avait bénéficié après les massacres du 7 Octobre, à cause de la façon dont la guerre a été menée à Gaza et au Liban et des exactions des colons en Cisjordanie à l’encontre de la population palestinienne. Il sera de plus en plus isolé sur la scène internationale et son image dans le monde de plus en plus dégradée.
Soit la population israélienne, qui a su montrer depuis 4 ans sa capacité de mobilisation face aux menaces internes – quand le pouvoir en place s’est attaqué à ses fragiles institutions et aux fondements, sur lesquels cette encore jeune démocratie s’est créée- et aux menaces externes, sera au rendez-vous du 27 octobre pour choisir de rester une démocratie libérale, fondée sur l’état de droit et ouverte sur le monde, veillant à ce que tous ses citoyens aient les mêmes droits et mêmes devoirs, engagée à mettre fin au conflit avec ses voisins et préserver l’État juif et démocratique que ses pères fondateurs avaient inscrit dans la Déclaration d’indépendance.
Cette confrontation entre ces deux visions du pays transcende les quatre tribus que l’ex président Rivlin avait identifiées pour caractériser la population israélienne. (lire « Les enjeux des élections israéliennes »). Ce n’est pas une opposition entre laïcs et religieux, ni évidemment pas entre mizrahim (orientaux) et ashkenazim, ni même entre orthodoxes et traditionalistes, bien que la plupart des orthodoxes se rangent dans le camp conservateur pour continuer de bénéficier des avantages que la coalition sortante leur a octroyés.
C’est une confrontation entre deux perceptions de l’identité israélienne aujourd’hui et de sa place dans le monde et dans l’histoire.
Pour comprendre l’ampleur du fossé entre ces deux conceptions, on ne peut pas faire l’impasse sur les massacres du 7 Octobre et du traumatisme qu’il a engendré et qui n’est pas près de disparaitre. La population juive en Israël a changé depuis 3 ans.
Il y a ceux dont les choix sont guidés par la haine et la peur des Arabes menant à leur déshumanisation, ce qui peut expliquer leur quasi-indifférence devant les exactions des colons en Cisjordanie. Il y a évidemment ceux qui vivent dans un autre espace-temps que le nôtre, où tous leurs choix sont guidés par la conviction d’accomplir un projet messianique qui a une finalité quel qu’en soit le prix à payer par le pays sur la scène internationale. Une des fautes de Netanyahou est d’avoir permis à leurs représentants au gouvernement de dicter leurs choix afin de préserver sa coalition. Il y a aussi ceux qui, ne se reconnaissant pas dans l’évolution du pays, ont évolué vers un exil réel à l’étranger ou un exil intérieur. Et enfin il y a ceux qui, au contraire, dans la prolongation de leur mobilisation contre la réforme juridique, puis pour la libération des otages et la fin de la guerre, sont engagés pour défendre cette démocratie aujourd’hui en danger. Ce sont ces derniers que l’on retrouve, semaine après semaine, dans les manifestations contre le gouvernement.
A 50 jours des élections, rien n’est encore joué. Alors que les sondages donnaient régulièrement une avance à l’opposition, cet écart risque de se réduire dans les semaines à venir.
Le ralliement de Yoav Segalovitz, jusqu’à lors député de Yesh Atid ( le parti de Lapid qui présente pour ces nouvelles élections une liste commune avec celui de Bennett) au parti islamiste Raam dirigé par Mansour Abbas est un choix courageux parce qu’il casse pour la première fois les frontières entre les deux communautés.
Segalovitz, ancien officier supérieur dans la police, a été pendant le gouvernement Bennett/Lapid le ministre délégué à la sécurité publique en charge du secteur arabe. Son action à ce poste a permis de faire baisser significativement le taux de criminalité dans le secteur arabe où il n’y a eu que 116 Arabes israéliens assassinés en 2022, alors qu’il a rebondi à plus du double les années suivantes sous le mandat de Itamar Ben Gvir comme ministre de la police. On recense cette année déjà 171 tués dans des affrontements entre bandes parmi cette population. C’est pourquoi Segalovitz bénéficie aujourd’hui d’une grande popularité parmi les Arabes israéliens, malgré son identité de juif sioniste, ancien officier supérieur.
L’opposition se prépare à tous les scénarios, y compris celui où Netanyahou, voyant les sondages, cherche à empêcher les élections ou à les perturber en suscitant des actions violentes dans les bureaux de vote le 27 octobre ou à gêner les Israéliens expatriés qui veulent venir voter. De plus l’objectif non avoué des actions du terrorisme juif en Cisjordanie est de pousser les Palestiniens à reprendre des actions violentes afin d’enflammer les territoires, ce qui pourrait peut-être conduire à repousser les élections.
La campagne se joue beaucoup aujourd’hui sur les réseaux sociaux où les attaques personnelles contre les dirigeants de l’opposition sont courantes. Depuis ces derniers mois, certaines des personnalités mises en cause ont décidé de réagir contre ces attaques sur le plan juridique en poursuivant personnellement leurs auteurs en diffamation. Une association regroupant 150 volontaires, dont de nombreux avocats, a été créée à cette fin. Conséquence de ce travail, on assiste, depuis, à une baisse de 40% des termes de « nazis » et de « traitres » sur les réseaux sociaux.
En conclusion les 50 jours à venir seront à surveiller comme le lait sur le feu, alors que le pays s’apprête à entrer la semaine prochaine dans la période des fêtes juives.
Nous serons attentifs aux évènements à venir et ne manquerons pas de les analyser au cours de nos prochaines réunions.
En attendant, je vous souhaite mes meilleurs vœux à vous et vos proches pour la nouvelle année.
Ensemble, formulons le vœu que l’année 5787 soit enfin celle du changement qui redonnera espoir pour un autre avenir à tous les peuples de la région.
Shana tova !
David Chemla




