Ben Gvir, le miroir déformant d’Israël

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Itamar Ben Gvir est l’héritier du parti raciste d’extrême-droite Kach créé par le rabbin Meir Kahane, ostracisé pendant des années, y compris à droite, mais qui siège aujourd’hui au gouvernement par la grâce du Premier Ministre Netanyahou. Ce dernier avait pris soin de ne pas s’afficher avec Ben Gvir lors de la campagne électorale en 2022 avant de le nommer ministre de la Sécurité nationale, dans un cynisme teinté d’irresponsabilité, sa véritable marque de fabrique depuis des années.

Avocat des colons les plus extrêmes, véritable troll médiatique, Ben Gvir a prospéré dans la société israélienne par sa capacite infinie à créer le buzz et à choquer, pour exister médiatiquement puis politiquement, jusqu’à obtenir donc un poste ministériel, sans jamais se soucier des réalités ou de résultats tangibles. Les images d’humiliation de militants propalestiniens qui ont fait le tour du monde et suscité l’indignation mondiale, y compris en Israël, ne sont que sa dernière provocation, à l’heure ou le pays rentre en campagne électorale pendant laquelle Ben Gvir ne reculera devant aucune outrance.

La faute de Netanyahou est d’avoir normalisé l’extrémisme de Ben Gvir au sein de la société israélienne. Par sa faute, les provocations de ce dernier ne sont pas celles d’un agitateur extrémiste mais celles d’un ministre qui engage ainsi l’image et la responsabilité de l’état d’Israël. Il est d’ailleurs symptomatique et scandaleux qu’il ait fait jouer à tue-tête l’hymne israélien, la Hatikva, pour « punir » les manifestants propalestiniens et leur « donner une leçon ». Ce faisant il l’a souillé, comme il avait souillé quelques jours avant Jérusalem et le drapeau israélien en brandissant ce dernier à l’occasion de « Yom Yerushalaim » sur le Mont du temple/ Esplanade des mosquées, moins par patriotisme que par provocation incendiaire envers les nervis d’extrême-droite qui terrorisent les Arabes de la ville ce jour-là depuis des années.

Les détracteurs radicaux de l’état d’Israël, société imparfaite mais démocratique, se trompent en faisant de Ben Gvir le symbole « rêvé » d’Israël à leurs yeux, mais ses défenseurs absolus et inconditionnels font l’erreur inverse en dissociant complètement Ben Gvir du pays. Avec ses outrances, Ben Gvir tend un miroir, certes déformant, à la société israélienne, mais il s’agit néanmoins d’un miroir, qui reflète une certaine réalité qui existe dans le pays.

L’agressivité et l’humiliation mises en scène dans ces vidéos des militants propalestiniens est tolérée et même encouragée par une partie de la société israélienne qui pense qu’ « il n’y a pas d’innocents à Gaza », qui voient le drapeau palestinien comme celui du terrorisme et tous les militants propalestiniens à l’étranger comme des antisémites. Pour cette frange de la société israélienne, la violence, symbolique ou réelle, est la solution à tous les problèmes du pays, qui ne souffre que d’une mauvaise image à l’étranger qu’une bonne Hasbara pourrait corriger, mais en aucun cas d’un problème de fond et de gouvernance.

Ben Gvir salit l’image d’Israël, mais il n’est pas un corps étranger au pays. Il en est plutôt une excroissance qui abime tous ses symboles, la pointe émergée hideuse d’un iceberg problématique qui pourrait bien couler définitivement le projet sioniste de créer et voir perdurer un état juif et démocratique.  Les prochaines élections seront à cet égard un moment décisif, l’occasion pour les électeurs israéliens de dire quel pays ils veulent et à quel point le miroir que leur tend Ben Gvir est déformant ou fidèle à la réalité de leur pays. En ce sens, elles seront bien plus que des élections, mais un referendum sur la nature même du pays.

Sébastien Lévi

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