Le pouvoir des mollahs ne faiblit pas
Israël ne réussit pas à sortir de son plus long épisode guerrier depuis la guerre de libération de 1948. Le contraste est aveuglant entre les objectifs répétés à satiété depuis plus de deux ans d’éradication totale de ses adversaires successifs, et les réalités sur le terrain où les fronts militaires se rouvrent les uns après les autres.
Après un mois de bombardements d’une ampleur inégalée en association avec les États-Unis, le pouvoir des mollahs en Iran ne montre aucun signe d’affaiblissement.
Une guerre sans victoire
Au sud-Liban, le Hezbollah, déclaré anéanti, dévoile des capacités offensives intactes et bombarde sans relâche le nord d’Israël et la Galilée.
Après des mois d’accalmie, les Houthis donnent des signes de réveil et profitent de la confusion et des incertitudes sur la stratégie américaine en Iran pour reprendre leurs bombardements depuis le Yémen.
À Gaza, aucun retour à la stabilité n’est à l’horizon.
Le Hamas maintient son emprise sur 80 % de la population et reconstitue ses capacités militaires, pendant qu’une alternative politique peine à émerger.
Si les fronts extérieurs ne suffisaient pas, le gouvernement Netanyahou entretient l’instabilité en Cisjordanie occupée.
Il multiplie les visées annexionnistes et se refuse à lutter contre les provocations et les exactions sanglantes commises par les colons les plus radicaux.
Une société israélienne fracturée
À la lumière de tous ces éléments, on constate que l’opinion israélienne est traversée d’éléments contradictoires.
D’un côté, et comme pour toutes les guerres de son histoire, la population fait la démonstration de sa ténacité collective.
Mais à la différence des périodes historiques antérieures, la solidarité nationale n’est plus au rendez-vous.
Durant la guerre des Six Jours de 1967, pendant la guerre d’usure qui a suivi pour aboutir à la guerre de Kippour de 1973, ou même pendant les différentes guerres du Liban aux légitimités contestables, les gouvernements en place avaient toujours veillé à préserver une certaine unité nationale.
La responsabilité directe du gouvernement Netanyahou
Malgré les divergences politiques existantes, la population israélienne se résolvait à consentir à des sacrifices humains et matériels au nom d’un intérêt collectif affiché et assumé.
Depuis sa mise en place, le gouvernement Netanyahou a fait le choix inverse, celui de la division nationale.
En déclenchant la guerre juridique contre les institutions démocratiques de l’État, il a mis la moitié de sa population dans les rues avant le 7 octobre.
En choisissant de fracturer la société israélienne et de l’affaiblir de l’intérieur, il a fait croire au Hamas que le moment tant attendu par lui était arrivé.
Le jour viendra où cette responsabilité indirecte dans les massacres du 7 octobre pourra être établie.
Le fardeau inégal des guerres
Après plus de deux ans de guerre ininterrompue, plusieurs constats agitent la société israélienne :
• Le fardeau des guerres est inégalement réparti. Une majorité d’Israéliens, qu’ils soient laïques ou religieux, acceptent la conscription militaire et risquent leur vie ou celle de leurs enfants pour défendre leur pays. Pendant ce temps-là, le gouvernement fait la démonstration que sa politique de survie est plus importante que l’unité nationale. Il multiplie les manœuvres parlementaires et les cadeaux budgétaires pour qu’une minorité de partis religieux ultra-orthodoxes puisse continuer à monnayer son soutien en refusant la conscription militaire et sa part du fardeau national.
• L’armée donne une image contrastée de ses capacités. La prouesse et l’ingéniosité de ses différents services de sécurité donnent des résultats spectaculaires. En même temps, la sous-estimation quasi systématique des capacités de riposte de ses adversaires, que ce soit l’Iran, le Hamas ou le Hezbollah, montre que les analyses critiques des risques sont souvent remplacées en interne par l’auto-persuasion.
Suivre un Donald Trump erratique
Les succès militaires apparents sont fragiles et incertains. En l’absence de stratégie globale et de plans politiques de sortie de conflits, ils ne contribuent pas à ramener la sécurité et la stabilité au pays. Les incertitudes actuelles sur la question des engagements militaires avec l’Iran en sont la parfaite illustration.
Le gouvernement Netanyahou se refuse à toute élaboration d’une stratégie à long terme sur sa possible intégration politique au Moyen-Orient avec les concessions que cela implique, en particulier sur la question palestinienne.
En choisissant de lier son sort aux décisions erratiques et imprévisibles de Donald Trump, il se fragilise, surtout dans le contexte régional actuel.
Des succès militaires sans horizon politique
Si la question du conflit actuel avec l’Iran reste incertaine, les conclusions préliminaires semblent s’imposer dès maintenant.
• Le régime des mollahs ne tombera pas et les représailles militaires qu’il aura su infliger aux États voisins ont au contraire renforcé sa position.
• Les États arabes du Golfe ainsi que l’Arabie saoudite ont fait la démonstration de leur fragilité stratégique et de leur incapacité militaire, et seront tentés de se rapprocher de l’Iran plutôt que de l’affronter.
• La puissance militaire américaine ne modifie pas les grands équilibres de la région, et Israël se retrouve seul face à des adversaires toujours résolus à sa disparition de la carte.
L’urgence : se réinventer
Le constat est amer : face à une succession de relatifs succès militaires sans débouchés politiques de sortie, la population israélienne est en droit de demander des comptes à ses dirigeants en place. Pour le moment, les réponses ne sont pas au rendez-vous.
Que ce soit parmi les partisans de Netanyahou ou parmi ses adversaires, le débat continue à tourner autour de la conduite des opérations militaires en cours.
Mais si Israël veut sortir de cette impasse historique, il devra accepter de se réinventer en profondeur, tant dans sa stratégie de sécurité que dans son projet politique. »
Marc Lefevre
Membre fondateur de La Paix Maintenant et de JCall
source Grands reporters




