Nouveau gouvernement palestinien d’union nationale

RAMALLAH Cisjordanie  (Agence Reuters 02/06/2014) –  Le nouveau gouvernement palestinien d’union nationale a prêté serment lundi lors d’une cérémonie organisée à Ramallah, le siège de l’Autorité Palestinienne  (AP) en Cisjordanie, et retransmise à la télévision.

Le nouveau cabinet dirigé par Rami Hamdallah (ancien Premier ministre de l’AP) se compose de 16 membres, décrits par le président de l’AP, Mahmoud Abbas, comme des experts sans affiliation politique.

Le Fatah et le Hamas sont convenus il y a six jours de la formation d’un gouvernement d’union dans l’attente d’élections nationales dans un délai de six mois, conformément à leur accord de réconciliation annoncé en avril après des années de tractations.

 

“En ce jour et après l’annonce du gouvernement d’unité nationale, nous proclamons la fin des divisions qui ont provoqué des dégâts catastrophiques pour notre cause”, a dit le président Abbas.

La mise en place de ce gouvernement a été menacée jusqu’au dernier moment par un différend entre les nationalistes du Fatah d’Abbas et les islamistes du Hamas.

Le Mouvement de la résistance islamique protestait contre la décision de Mahmoud Abbas de supprimer le ministère des Affaires pénitentiaires pour le remplacer par un comité qui n’aurait pas dépendu du gouvernement.

Mais le portefeuille, chargé du sort des Palestiniens détenus par Israël, a finalement été maintenu et confié au Premier ministre Rami Hamdallah, a déclaré un responsable du Hamas, Sami al Bardaouil.

Trois ministres, qui vivent dans la bande de Gaza, contrôlée depuis 2007 par le Hamas, n’ont pu se déplacer, Israël ayant refusé de les laisser passer.

le Hamas conserve la mainmise sur la sécurité à Gaza

Ismaïl Haniyeh, qui dirigeait le gouvernement du Hamas dans la bande de Gaza, a salué dans un discours “un jour historique” qui clôt le “chapitre de sept années de division”.

Désormais présenté comme “ancien Premier ministre” par la télévision du Hamas, il a également dit vouloir poursuivre la “résistance sous toutes les formes”, allusion apparente à la lutte armée. L’accord de réconciliation signifie que la milice du Hamas, les brigades AL Kassam, “devient une armée à partir d’aujourd’hui”, a-t-il ajouté.

En l’absence de forces du Fatah dans la bande de Gaza, le Hamas conservera de fait la mainmise sur la sécurité dans l’enclave, avec 25.000 hommes affiliés aux brigades Kassam et 20.000 autres personnels armés.

En Israël, le cabinet de sécurité s’est réuni autour du Premier ministre Benjamin Netanyahou et a déclaré qu’il imputerait à Mahmoud Abbas et son gouvernement toute attaque contre l’Etat juif, y compris les tirs de roquettes en provenance de la bande de Gaza qui visent le territoire israélien.

“L’accord avec le Hamas rend Abbas directement responsable de toute activité terroriste venant de Gaza”, a déclaré Netanyahou dans un communiqué.

Le texte ne mentionne pas d’éventuelles sanctions économiques, même si le cabinet de sécurité donne au Premier ministre la possibilité d’en imposer plus tard.

Le ministre des Finances, le centriste Yair Lapid, a cependant mis en garde contre de trop brusques initiatives israéliennes.

“Dans les semaines à venir, nous devrons étudier ce gouvernement et décider à partir de là. Ce n’est pas le moment de fulminer. Il vaut mieux rester sobres et attentifs, autant que possible”, a déclaré Yair Lapid à des parlementaires de son parti Yesh Atid.

Les Israéliens s’opposent à cette réconciliation

Les Israéliens s’opposent à cette réconciliation inter-palestinienne en soulignant que le Hamas refuse de reconnaître son droit à l’existence et ne renonce pas à la violence.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou a mis en garde dimanche les pays qui reconnaîtraient le nouveau gouvernement palestinien.

“Pour les Israéliens, il n’est pas très bon de laisser le Hamas manoeuvrer tactiquement dans le but d’essayer d’accroître son pouvoir à la fois en Cisjordanie et au sein de l’OLP (Organisation de libération de la Palestine), tout en maintenant un contrôle exclusif sur Gaza”, note Ehud Yaari, de l’institut de Washington pour la politique du Proche-Orient.

“Le président Abbas a accepté le principe d’un Etat palestinien démilitarisé, mais Gaza n’est pas démilitarisée. Rien ne va changer”, dit-il.

La plupart des commentateurs s’accordent à dire que ce gouvernement sera avant tout chargé d’expédier les affaires courantes, qu’il ne mettra sans doute pas fin aux divisions qui opposent depuis des années Cisjordanie et bande de Gaza, et que les décisions cruciales sur les questions de sécurité ou de diplomatie seront prises ailleurs.

Pour le Hamas comme pour le Fatah, ce pacte a avant tout un intérêt politique à court terme.

Pour le Mouvement de la résistance islamique, de plus en plus impopulaire dans la bande de Gaza, l’espoir est que la création de ce gouvernement d’union permettra un allègement des restrictions imposées dans l’enclave par les militaires égyptiens.

Mahmoud Abbas, lui, espère que ce pacte d’unité pourra faire remonter sa popularité alors que vient d’échouer une nouvelle tentative de relance des pourparlers avec Israël. Elu président en 2005, celui dont le mandat a expiré il y a déjà cinq ans ne souhaiterait pas laisser comme seul bilan une Palestine divisée.

Selon les termes de l’accord, les Palestiniens devraient retourner aux urnes dans six mois, ce qui pourrait concrétiser une unité jusqu’ici très symbolique. Mais peu d’observateurs croient à la tenue d’élections dans un délai si proche.

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