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Reconnaissance d’un Etat juif: une exigence aussi stupide que son refus

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Une tribune de Yossi Beilin, publiée par la chaîne israélienne d’information continue i24news

Yossi Beilin, ancien ministre et ancien député de la Knesset pour les partis Avoda et Meretz,  a été l’un des pionniers des accords d’Oslo, de l’Initiative de Genève et de Birthright (Taglit).

 

Le Premier ministre Benyamin Netanyahou n’a pas été le premier à mettre à l’ordre du jour la question de la reconnaissance d’Israël comme Etat juif ou Foyer national du Peuple juif.

Cette question a été soulevée dans le passé par le camp israélien, et les Palestiniens n’y ont pas vu une demande excessive – si on se réfère à leur déclaration d’indépendance du 15 novembre 1988, composée par le poète Mahmoud Darwish, qui se réfère à l’Etat juif. Il est clair que dans le cadre de la mise en place de l’accord de paix entre les parties, il y aura des références à l’avenir des relations fondamentales entre le nouvel Etat palestinien et Israël, et que le sujet de la reconnaissance, du fait que chacun des pays est un foyer national dans lequel vit un peuple, sera mentionné en préambule.

Pendant de nombreuses années, le monde arabe a utilisé le terme «Etat juif» (ou «entité juive», ou «entité sioniste») pour ne pas dire «Israël», et il ne semblait pas y avoir de réel problème non plus à utiliser le terme «Etat juif» dans le plan de partage adopté par l’ONU en 1947.

Dans l’«Initiative de Genève» non officielle de 2003, nous avons traité le sujet dans deux paragraphes différents.

Dans le préambule, nous nous sommes accordés avec les Palestiniens sur le point suivant: «Cet accord marque la reconnaissance du droit du peuple juif à un Etat et la reconnaissance du droit du peuple palestinien à un État, sans préjudice de l’égalité des droits des citoyens respectifs des parties.»

Dans l’article 2, nous avons dit clairement: «Les parties reconnaissent la Palestine et Israël comme les patries de leurs peuples respectifs.»

Lorsque Netanyahou a soulevé la question comme une question centrale autour de laquelle tout tourne, il a estimé – apparemment – que le président Mahmoud Abbas ne serait pas en mesure d’accepter la demande, et que cela lui simplifierait la tâche d’expliquer pourquoi il n’a pas abouti à un accord avec les Palestiniens.

Quand on lui demande pourquoi cette reconnaissance est si importante pour lui (car Israël n’a pas besoin, en réalité, de sa reconnaissance comme Etat juif par les Palestiniens, une reconnaissance qui n’a été exigée ni des Egyptiens ni des Jordaniens lors des accords de paix avec eux), le Premier ministre explique que le problème essentiel avec les Palestiniens est la non-acceptation du caractère juif de l’Etat, et que tant qu’ils ne reconnaissent pas la judéité de l’Etat ils exigeront ce qu’ils définissent comme le «droit au retour» des réfugiés expulsés par Israël en 1948, dans l’intention d’inonder Israël de ces réfugiés, même après l’avènement d’un Etat palestinien établi dans des frontières reconnues.

Il est intéressant de constater que Netanyahou, qui ne croit à pratiquement pas un seul mot entendu du côté palestinien, attache une telle importance à la reconnaissance palestinienne du caractère juif d’Israël, jusqu’à penser que si cette reconnaissance apparaît dans un accord de paix, les Palestiniens prendront soin de ne plus jamais remettre sur la table leur exigence d’un retour des réfugiés dans leurs villages à l’intérieur d’Israël.

Les Palestiniens, pour leur part, au lieu de dire qu’ils n’ont aucun problème à reconnaître qu’Israël est la patrie du peuple juif, dès lors que sont respectés les droits des minorités vivant en son sein, sont tombés dans le piège tendu par Netanyahou, et ont expliqué que s’ils reconnaissent qu’Israël est un Etat juif, les Arabes qui y vivent en seront immédiatement expulsés, ou bien qu’ils feront l’objet d’une discrimination considérable.

Le week-end dernier, Abbas a solennellement déclaré qu’il n’acceptera en aucun cas de reconnaître Israël comme Etat juif.

Netanyahou l’a certainement applaudi.

Désormais, il sera possible d’expliquer que les négociations entre les parties n’ont pas échoué en raison des implantations israéliennes, ni à cause de l’exigence de Netanyahou de maintenir des forces israéliennes le long du Jourdain pour encore 40 ans, mais parce que Abbas refuse de reconnaître une réalité que connaît chaque enfant dans le monde – qu’Israël est un Etat juif –, et parce qu’Abbas n’est pas même prêt à ce que les Américains l’inscrivent dans leur déclaration à eux que personne ne lui demande même de signer.

Nous faisons face à une situation bizarre. Le noeud du problème qui peut causer l’échec de l’initiative de Kerry est une question virtuelle, qui n’a aucune signification pour notre vie, qui provient d’une exigence israélienne d’obtenir ce qui est acquis depuis longtemps et du refus palestinien d’accepter ce à quoi ils ont consenti depuis longtemps.

La solution, pour le secrétaire d’Etat américain, est peut-être d’inscrire, dans le document qu’il prépare pour les deux parties, la phrase dans son ensemble qui se rapporte à nous dans la Déclaration d’indépendance palestinienne:

«En dépit de l’injustice historique faite au peuple arabe palestinien par son déplacement et la privation de son droit à l’autodétermination après l’adoption de la résolution 181 de l’Assemblée générale (II) de 1947, qui partage la Palestine en un Etat arabe et un État juif, cette résolution continue néanmoins d’imposer des conditions à la légitimité internationale qui garantissent au peuple arabe palestinien le droit à la souveraineté et à l’indépendance nationale.»

Je sais. La formulation est lourde et complexe, mais les Palestiniens auront des difficultés à rejeter une citation précise de leur déclaration d’indépendance, et Netanyahou aurait du mal à repousser l’acceptation d’un Etat palestinien en retard par rapport à la résolution de partage qu’ils ont rejeté en 1947 qui fait allusion à l’Etat juif.

Et nous nous libérerions ainsi tous d’un sujet qui n’a pas de signification majeure pour l’avenir des deux peuples, soulevé de manière provocante et stupide, et dont le fait de l’avoir repoussé aux calendes grecques ne le fut pas moins.

 

 

Cliquer ICI pour lire l’article sur le site de i24news.

 

 

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