Le boycott (BDS) est le meilleur allié de la droite israélienne

L’annulation du match de football entre l’Argentine et Israël, qui devait se jouer samedi 9 juin, a fait la une de l’actualité la semaine dernière en Israël et dans les territoires palestiniens. «Victoire du terrorisme» selon les uns, «camouflet pour Israël» selon les autres, il est important de revenir sur le déroulé de cet évènement pour le décrypter et mesurer ses conséquences.

Cette rencontre, qui entrait dans le cadre des matchs préparatoires à la Coupe du monde de football, était prévue de longue date et devait se jouer à Haïfa. Sous la pression de la ministre israélienne de la Culture et des Sports, Miri Reguev, il avait été déplacé à Jérusalem. Malgré le surcoût de plusieurs millions de shekels (à la charge du contribuable israélien) dû au changement de lieu, la passionaria de la droite israélienne avait convaincu Netanyahou de prendre cette décision. En inscrivant le match dans le cadre des festivités du soixante-dixième anniversaire d’Israël, dont elle avait la charge, Miri Reguev espérait retirer un bénéfice politique d’un grand événement sportif dans la capitale israélienne.

La tenue du match international à Haïfa (qui est une ville judéo-arabe, symbole d’autant plus fort que cinq des joueurs de l’équipe israélienne sont arabes) n’avait pas soulevé de critiques de la part des Palestiniens. Mais le déplacement à Jérusalem, intervenant trois semaines après le transfert de l’ambassade américaine, entraîna une vive réaction de la part de Jibril Rajoub, le président de la Fédération palestinienne de football. Miri Reguev a ainsi fait un grand cadeau aux pourfendeurs d’Israël, qui peinent depuis des années à développer leur campagne de boycott.

En effet, malgré tous les moyens investis depuis des années dans la campagne BDS (Boycott, Désinvestissements, Sanctions), l’impact économique de celle-ci reste inexistant, alors que l’on assiste actuellement à un essor de l’économie israélienne dans le monde. Le BDS n’a pas réussi à mobiliser au-delà des cercles militants engagés pour la cause palestinienne, hormis  une poignée de vedettes comme le musicien Roger Waters ou le cinéaste Ken Loach. Malgré cet échec relatif du boycott, la droite israélienne ne cesse de brandir sa menace en la mettant sur le même plan que des menaces qui mettent réellement le pays en danger – comme le nucléaire iranien, les arsenaux du Hezbollah au Liban et les missiles du Hamas à Gaza – pour mobiliser l’opinion publique israélienne et maintenir sur elle son emprise.

C’est bien la preuve, s’il en était besoin, de la collusion objective de la droite israélienne avec le BDS. Inefficaces au plan économique, les appels au boycott d’Israël n’incitent pas le gouvernement israélien à changer sa politique. Bien au contraire: manipulés par la droite au pouvoir, ces appels risquent de convaincre les citoyens israéliens que tout changement de politique est inutile.

Faut-il en conclure qu’il n’y a pas d’espace pour des actions non violentes contre l’occupation, qui seraient menées par des militants souhaitant la création d’un État palestinien et non la destruction de l’État d’Israël ? Evidemment pas. Mais, lorsque l’on s’engage dans une cause, il faut bien mesurer le poids des textes que l’on signe ou des actions que l’on mène. Quand, dans une récente pétition adressée au Président de la République appelant à l’annulation de la saison France-Israël, les rédacteurs parlent de la «nature annexionniste d’Israël» ou du «risque que le ghetto de Gaza ne soit purement et simplement liquidé», ils s’excluent d’eux-mêmes, par leurs propos outranciers, du débat public que l’on peut avoir avec eux (lire l’analyse de cette pétition faite par Méïr Waintrater, président de JCall France).

Nous ne refusons évidemment pas de débattre avec les tenants de la cause palestinienne, y compris les partisans du BDS : nous nous sommes justement toujours opposés à leur campagne, tout en nous opposant avec la même vigueur à l’occupation et à la poursuite de la colonisation des territoires palestiniens. Ce que ne comprennent pas les plus sincères de ces militants, c’est qu’en s’attaquant à tous les symboles de l’État juif ils réveillent chez les Israéliens et leurs amis un profond sentiment  d’insécurité, où ce qui est en jeu n’est pas la politique menée par Israël mais son existence même. Soixante-dix ans après sa création, Israël demeure pour la majorité des israéliens – et des Juifs dans le monde – un pays en sursis. Une remise en cause de sa légitimité est utilisée par la droite israélienne afin de faire jouer l’unité nationale, et de refuser les compromis raisonnables sans lesquels il n’est pas d’issue, pour les Israéliens comme pour les Palestiniens.

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