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John Kerry entre souveraineté palestinienne et sécurité d’Israël

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A l’issue de son périple de trois jours, les 11,12 et 13 décembre, à Jérusalem et Ramallah, John Kerry a jugé possible de faire des propositions visant à concilier les aspirations d’Israël à la sécurité et celles des Palestiniens à un Etat indépendant. Au terme d’une visite qui se situe à mi-parcours des neuf mois assignés aux négociations de paix, le secrétaire d’Etat américain a tenu à préciser que le but des Etats-Unis «demeure et a toujours été de parvenir à un accord de paix définitif entre Israéliens et Palestiniens».

«Nous travaillons sur une approche qui garantit la sécurité d’Israël tout en respectant complètement la souveraineté des Palestiniens. Nous gardons ainsi l’espoir de parvenir à  un accord sur le statut final», a déclaré M. Kerry à la fin de son séjour.  (cliquer ici pour lire le texte de la conférence de presse de John Kerry à Tel Aviv)

Le président palestinien Mahmoud Abbas a néanmoins mis un frein à l’enthousiasme des négociateurs américains en rejetant jeudi soir toute formule aboutissant à un maintien illimité de l’armée israélienne en territoire palestinien après un traité de paix.

 

Shaul Arieli, ancien officier supérieur israélien qui est reconnu comme l’un des meilleurs spécialistes de la question des frontières et de la politique officielle de Jérusalem en ce qui concerne la colonisation des territoires palestiniens, a tenu plusieurs conférences récemment à Paris où il était invité, notamment par JCall Europe. Shaul Arieli a souligné que ce qui manquait au processus de paix mené actuellement par l’équipe de John Kerry, «c’est une plateforme stratégique claire qui tracerait les limites des éléments négociables dans le cadre des pourparlers». Or, si l’on en croit le quotidien israélien  Jerusalem Post, «un plan opérationnel est en train de se dégager et nous commençons à entrevoir comment tout cela fonctionnera».  (cliquer ici pour lire l’article complet du Jerusalem Post)

Ce  plan opérationnel mis au point par John Allen (un ancien général du corps des Marines) est censé prendre en compte tous les éléments favorisant la sécurité d’Israël sans nuire aux principaux aspects de la souveraineté du futur Etat de Palestine. M. Kerry a précisé que le général John Allen, conseiller spécial pour le Moyen-Orient, avait exposé à Mahmoud Abbas, président de l’Autorité Palestinienne (AP), son plan de sécurité pour la Cisjordanie après la conclusion d’un accord de paix.

Evidemment, ce type d’analyse a été mené à de nombreuses reprises au cours des vingt années de négociation entre Israéliens et Palestiniens. Le maintien de l’armée israélienne dans la vallée du Jourdain a toujours été une revendication du gouvernement de Jérusalem. Mais cette fois, il semblerait que le général John Allen ait analysé très précisément la situation et fait des propositions particulièrement innovantes. En tout cas, c’est ce qu’a affirmé John Kerry au «Saban Forum» sur le Moyen-Orient qui s’est tenu à Washington du 6 au 8 décembre: «Jamais auparavant, les Etats-Unis n’avaient mené une analyse aussi poussée des besoins d’Israël en terme de sécurité dans la perspective de la création de la solution à deux états, jamais…».  Au cours de ce même «Saban Forum», le 7 décembre, le président américain Barack Obama a assuré que les Etats-Unis avaient trouvé les réponses aux préoccupations de sécurité d’Israël et prévenu que les Palestiniens devraient accepter une «période de transition» après un éventuel accord de paix. (Cliquer ici pour avoir accès au Saban Forum Washington)

kerry Abbas 13-12-2013

Mais les propositions de John Allen semblent rencontrer le scepticisme des négociateurs palestiniens. Selon une source arabe proche du dossier, M. Abbas «a rejeté les idées sur la sécurité parce qu’il n’y avait pas de tierce partie, et accepté la lettre de James Jones (précédent conseiller à la Sécurité nationale américaine) prévoyant le déploiement d’une tierce partie à la frontière est de la Palestine, avec la Jordanie». M. Abbas a accompagné son refus d’une lettre «fixant les lignes rouges pour les Palestiniens», selon la même source, précisant que M. Kerry s’était dit prêt à revenir dans les prochaines semaines. (Cliquer ici pour lire la dépéche de l’agence palestinienne Maan)

Lors de son dernier séjour à Jérusalem, le chef de la diplomatie américaine a rencontré également Benjamin Netanyahu pour des discussions sur «la façon d’avancer vers la paix et la sécurité», selon  le premier ministre israélien. Benjamin Netanyahu exige qu’un Etat palestinien soit démilitarisé et qu’Israël puisse y garder à long terme des troupes dans la vallée du Jourdain. Les médias arabes et israéliens confirment l’information selon laquelle les Etats-Unis ont proposé un maintien de forces israéliennes aux frontières entre la Cisjordanie et la Jordanie pendant 10 ou 15 ans après la signature d’un traité de paix, et prépareraient un «accord-cadre» traçant les grandes lignes d’un règlement final.

Les Palestiniens acceptent uniquement le déploiement d’une force internationale, une solution rejetée par Israël qui insiste pour pouvoir se défendre lui-même.

Dans une tribune publiée jeudi, en hébreu, par le quotidien Yedioth Aharonot, l’ancien conseiller à la sécurité nationale israélien, le général de réserve Giora Eiland, explique que «du point de vue d’Israël, le risque de céder des territoires en Judée-Samarie ([Cisjordanie] ne vient pas nécessairement de la menace présentée par les Palestiniens mais par d’autres ennemis dans la région.» «Israël insiste pour avoir un contrôle contigu tout le long du Jourdain et il semble que les Américains l’acceptent», écrit-il, considérant que pour contrôler effectivement cette frontière, son armée aura besoin d’une bande de 5 km de large dans la vallée, une exigence exorbitante pour les dirigeants palestiniens. Par contre, il semblerait que le gouvernement jordanien voie d’un œil favorable la possibilité que l’armée israélienne maintienne, plus ou moins, sa présence sur les frontières actuelles.

On notera qu’aucune information ne  filtre concernant d’autres aspects politiques et stratégiques des négociations de paix, certainement aussi sensibles et complexes que la présence de forces israéliennes dans la vallée du Jourdain. Qu’en est-il de la fixation des frontières des deux Etats et des échanges de territoires?  Quel sera le futur statut de Jérusalem? Où en est-on de la question du retour des réfugiés palestiniens? Qu’adviendra-t-il des colonies et des populations juives situées en territoire palestinien? La reconnaissance d’Israël en tant qu’Etat juif est-elle toujours exigée des Palestiniens par le gouvernement israélien?  Selon des négociateurs arabes et israéliens chevronnés  «la discussion est d’autant plus sérieuse que la confidentialité est respectée quant au contenu des  pourparlers »…

1 commentaire
  1. […] Aujourd’hui, l’Afrique du Sud est devenue la référence de tout le continent africain. Le pays de Mandela a passé avec succès le difficile cap de la fin du régime d’apartheid et de la réconciliation, il peut relever avec confiance les nombreux défis sociaux et économiques qui demeurent. Au Moyen-Orient le conflit entre Israéliens et Palestiniens persiste. L’assassinat d’Yitsrak Rabin a éteint de nombreux espoirs. Le déclenchement de la deuxième Intifada (« une erreur », selon le président de l’Autorité Palestinienne, Mahmoud Abbas), le fort développement des implantations juives en Cisjordanie, les pourparlers repris et inaboutis, les combats incessants à Gaza et au Liban, semblent avoir fait reculer l’objectif de la paix. Il n’empêche, après Yitsrak Rabin et les accords d’Oslo une page a été tournée, la solution de « deux Etats pour deux peuples » est devenue la référence pour toute poursuite du processus de paix. La posture du refus (on ne se reconnaît pas, on ne se parle pas) n’est plus possible pour les deux camps et même Benjamin Netanyahou, Premier Ministre d’Israël et patron du très nationaliste parti Likoud, a reconnu, lors de son discours à l’université de Bar Ilan (4), la pertinence de cette solution pour résoudre le conflit. Actuellement, dans son gouvernement, Tsipi Livni (une ancienne du Likoud) a pris en charge le portefeuille des négociations avec les Palestiniens. (Cliquer ici pour lire l’article «Kerry entre souveraineté palestinienne et sécurité d’Israë… […]

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