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Israël entre normalisation et poursuite des manifestations

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Pour la dixième semaine consécutive, des dizaines de milliers d’Israéliens ont manifesté samedi dernier, rue Balfour à Jérusalem, devant la résidence du Premier ministre. Ils étaient plus de 40 000, selon les organisateurs (qui avaient pris la précaution de distribuer des bracelets aux manifestants pour les compter). Loin de s’affaiblir, le mouvement de contestation s’élargit à d’autres secteurs de la société israélienne.

Pour la première fois, cette semaine, des ultra-orthodoxes membres de la secte des hassidim de Breslav se sont joints aux manifestants pour demander la démission de Netanyahou. Ils lui reprochaient de se servir des autorités ukrainiennes pour les empêcher, à cause de la pandémie, de se rendre, comme chaque année à la veille de Roch Hashana, en pèlerinage sur la tombe du rabbin Nahman à Uman. Certes, la lutte contre l’expansion du Covid aurait dû normalement justifier l’interdiction de ce pèlerinage. Mais Netanyahou n’a pas osé affronter ses partenaires orthodoxes dans la coalition, et a préféré s’en remettre à la décision des Ukrainiens. Cette anecdote montre à quel point les manifestations se focalisent contre la personnalité de Netanyahou qui est considéré par les manifestants, au mieux comme un menteur, et au pire comme un corrompu.
Cette mobilisation s’est étendue cette fois-ci également aux Israéliens expatriés: ils étaient plusieurs centaines, samedi dernier, à se rassembler dans 18 villes dans le monde, de Berlin à San Francisco et de Paris à Vancouver, pour soutenir les manifestants de la rue Balfour.


Pourtant, Netanyahou avait espéré que «l’accord de paix», qu’il s’apprête à signer dans les prochaines semaines à Washington avec les Émirats arabes unis, lui permettrait de regagner le soutien du public au-delà de sa base électorale. Mais après avoir fait la une des medias, cet accord, qui ne fait qu’entériner une normalisation des relations existante de facto depuis les accords d’Oslo entre Israël et les émirats, a rencontré un soutien indifférent de la majorité de la population israélienne. À l’exception des centaines de sociétés israéliennes de la High Tech qui, pour beaucoup d’entre elles, font déjà des affaires dans les émirats, et des classes aisées qui attendent l’ouverture des lignes aériennes pour aller faire du tourisme dans les grands hôtels émiratis – qui sont deux fois moins chers que ceux d’Eilat –, les Israéliens sont surtout préoccupés par la crise économique. Certes, Netanyahou fait valoir qu’il a obtenu cet accord sans faire de concessions aux Palestiniens, que celui-ci marque la victoire de sa politique de «la paix contre la paix» et non de «la paix contre des territoires» préconisée traditionnellement par la gauche. Mais, malgré tous les efforts américains, cet accord ne sera pas, pour l’instant, suivi par d’autres accords avec d’autres pays arabes s’il n’y a pas une avancée dans les négociations avec les Palestiniens. Les Émirats arabes unis font valoir, quant à eux, que dans le cadre de cet accord ils ont obtenu l’abandon du projet israélien d’annexer une partie de la Cisjordanie. L’acceptation par les États-Unis de leur vendre parallèlement des avions de combat F-35s, avec, selon les Américains, l’accord tacite israélien malgré le déni de Netanyahou, n’a été connue que par la suite (devant le tollé provoqué en Israël par la perspective que des avions aussi performants soient vendus à un pays arabe, l’administration américaine s’est engagée à maintenir l’avantage militaire d’Israël sur ses voisins).

Face au manque de mobilisation de la population israélienne sur le projet d’annexion inclus dans le plan Trump, et devant la forte opposition à ce projet exprimée par de nombreux pays et jusqu’au sein de la diaspora juive (un mouvement auquel JCall a participé avec le réseau J-Link), les dirigeants israéliens comme leurs homologues américains cherchaient à obtenir une avancée marquant une réussite du plan Trump sans se dédire pour autant. Et c’est ce que leur offre cet «accord de paix» dont nous nous félicitons, par ailleurs, avec J-Link – voir le communiqué publié par J-Link à ce sujet.

Enfin, quelques heures avant l’échéance du 24 août marquant la fin de la période des 100 jours attribuée à tout nouveau gouvernement pour présenter son budget, Netanyahou a accepté la proposition de prolonger cette période de 120 jours afin d’éviter une dissolution immédiate de la Knesset et le retour aux urnes. Cependant, la véritable raison du bras de fer entre Gantz et Netanyahou n’était pas la question du budget mais la demande de Netanyahou d’avoir un droit de veto sur la nomination du directeur général de la police, du conseiller juridique du gouvernement et du procureur général de l’État. Gantz s’y est opposé et a, pour l’instant, eu gain de cause.
Néanmoins, la plupart des commentateurs s’accordent pour dire que les élections ne sont que repoussées. Netanyahou a compris que ce n’était pas le moment de les organiser en pleine crise économique et avec un retour de l’épidémie, et alors que la majorité du public pense qu’il veut retourner aux urnes pour éviter son procès et obtenir une majorité lui procurant une immunité pénale. Il faut donc s’attendre à d’autres crises dans les semaines à venir.

En attendant, nous devons nous réjouir de l’échec du projet d’annexion qui, contrairement à ce que prétend Netanyahou, n’a pas été juste reporté dans le temps mais neutralisé – du moins provisoirement, car son avenir dépendra en grande partie du résultat des prochaines élections américaines. Il ne nous faut cependant pas oublier que durant la mise entre parenthèse de ce projet, les constructions dans les colonies continuent, les tentatives de légalisation rétroactive de bâtiments édifiés sur des terres privées palestiniennes se poursuivent et que lorsqu’il y a des agressions de colons contre des Palestiniens, elles restent souvent impunies. La question de l’occupation reste donc entière et aucun accord, avec les Émirats, Bahreïn ou autre, aussi positif soit-il, ne saurait s’y substituer.

Nous continuerons, pour notre part, à nous mobiliser, à l’unisson d’une grande partie de la population israélienne et de la diaspora juive engagées dans leur combat pour la démocratie en Israël et pour la paix. Compte tenu de la situation sanitaire, nous serons sans doute contraints d’organiser nos prochaines réunions en utilisant les moyens technologiques de communication. Nous ne manquerons pas de vous tenir informés.

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