Israël : La démocratie menacée ?

Nous organisons, samedi 28 avril 2018, à la mairie du 4ème arrondissement de Paris*, un colloque dont le titre est «Israël, la démocratie menacée?».

*Adresse: 2 place Baudoyer, 75004 Paris, Métro Hôtel de Ville.

L’inscription préalable est obligatoire. Nous vous invitons à le faire directement sur le site.

 

La démocratie israélienne a toujours fait preuve d’une vitalité où les Israéliens et les Juifs de la Diaspora ont légitimement trouvé des motifs de fierté. Une vitalité que l’on peut mesurer au rôle des contre-pouvoirs, à la liberté de la presse et des médias, au statut donné aux minorités (même si celui-ci est loin d’être parfait), à l’indépendance de la justice, et enfin au rôle de la Cour Suprême.

Malgré les guerres, le terrorisme et les Intifadas qui se sont succédé depuis la création de l’État, malgré cinquante années d’une occupation dont on ne voit pas la fin et qui confronte la société israélienne au contrôle d’une population aspirant à sa liberté et à son indépendance, la démocratie israélienne a toujours su trouver en elle les ressorts qui lui permettaient de préserver ses principes fondamentaux. Il est vrai que cette démocratie s’arrête à la «ligne verte» séparant Israël des territoires occupés; cela souligne l’importance de la Cour Suprême, qui constitue un recours possible pour les Palestiniens et qui leur a parfois donné raison contre l’État.

Mais, ces dernières années, un vent mauvais souffle sur Israël, qui met en danger les fondements mêmes de cette démocratie: critiques et contestations des décisions de la Cour Suprême dont la coalition actuelle veut réduire le pouvoir, attaques répétées contre les médias et contre certaines personnalités ciblées pour leurs opinions, loi qui rend plus difficile le travail des ONG luttant contre l’occupation et ses effets, et projet de loi de «l’État-nation du peuple juif» dont la conséquence, si cette loi était votée, serait la remise en cause de l’équilibre existant entre les composantes juive et démocratique de l’identité d’Israël.

À cela s’ajoutent l’ingérence de l’État dans les programmes scolaires et culturels, sous l’action des ministres de l’Éducation et de la Culture, et les attaques répétées contre le Président Réouven Rivlin qui, à plusieurs reprises, est intervenu pour défendre le fonctionnement démocratique des institutions.

Certes, face à ces dérives dangereuses, on peut faire valoir, à juste titre, qu’Israël reste dans la région le seul État où les minorités ont des droits, un État où un ancien Premier ministre et un Président n’ont pas pu se soustraire à la justice et ont été condamnés à des peines de prison. Cependant une question angoissante reste posée: Israël risque-t-il d’évoluer vers un nouveau modèle de démocratie, celui des démocraties dites «illibérales», à l’instar des évolutions que nous constatons dans certains pays d’Europe? Ou bien la société israélienne, au travers de l’action de ses institutions, de sa société civile, de ses intellectuels, de ses journalistes, et de ses hommes et ses femmes politiques restés fidèles aux valeurs fondatrices de l’État, va-t-elle trouver la force et la capacité de défendre son modèle démocratique?

C’est à ces questions que ce colloque tente de répondre. Car, Juifs de la Diaspora attachés à Israël, nous tenons à dire que ces menaces sont inquiétantes pour son avenir comme pour le nôtre, et que nous nous engageons aux côtés de tous ceux qui, sous les feux croisés de forces extrémistes et nationalistes, se battent pour conserver à Israël son caractère d’État juif et démocratique.

Prendront la parole à ce colloque:

Samy Cohen (Directeur de recherche émérite, Sciences Po) est un spécialiste des questions de politique étrangère et de défense, qui a également travaillé sur les rapports entre les États et les acteurs non-étatiques ainsi que sur les démocraties en guerre contre le terrorisme. Fin connaisseur de la société israélienne, à laquelle il a consacré plusieurs livres, il reviendra sur les fondements de sa démocratie.

Shuki Friedman (Directeur du Centre «Religion, Nation et État» à l’Institut Israélien pour la Démocratie) enseigne à la Faculté de droit du Centre universitaire Pérès, et a dirigé le Département de droit international dans les services du Premier ministre. Ses domaines d’expertise sont les relations entre la religion et l’État, le processus de «religionisation», les relations entre religieux et non-religieux en Israël, le budget de la défense, le droit islamique, le droit international et le BDS (Boycott, Désinvestissements, Sanctions).

– Amir Fuchs (Directeur du Programme «Défense des valeurs démocratiques» à l’Institut Israélien pour la Démocratie) enseigne la science politique et les communications à l’École d’études publiques et de sciences sociales du Centre universitaire Hadassah. Ses domaines d’expertise sont es valeurs démocratiques et la législation anti-démocratique, le droit pénal, la pensée libérale et les procédures législatives.

– Jacques Rupnik (Directeur de recherche, Sciences Po) est spécialiste des pays de l’Europe de l’Est. Ses domaines d’expertise sont l’intégration européenne, les nationalismes et la transition démocratique. Son intervention  au cours du colloque, où il décrira et analysera le phénomène des démocraties «illibérales» qui se développe actuellement dans certains pays de l’Europe de l’Est, nous permettra d’intégrer certaines évolutions en Israël dans une perspective élargie.

– Mazal Mualem est l’analyste politique de la rédaction israélienne d’Al-Monitor, une revue en ligne sur le Proche-Orient. Journaliste chevronnée, Mazal Mualem a été responsable de l’analyse politique au sein des quotidiens Maariv et Haaretz. Elle dirige l’émission hebdomadaire de la télévision parlementaire sur les questions de société.

– Omer Bar-Lev, député travailliste du «Camp sioniste», est actuellement membre de la Commission de la défense de la Knesset et responsable du Groupe interparlementaire pour l’amélioration de la situation des Bédouins. Colonel de réserve, il a commandé la plus prestigieuse des unités d’intervention de Tsahal, la Sayeret Matkal, et a pris part à de nombreuses actions de commandos. Il a été un des signataires de la lettre des officiers de réserve à Menachem Begin, lettre qui a été à l’origine de la création du mouvement Shalom Akhshav (La Paix Maintenant). Après l’assassinat de Yitzhak Rabin, il a rejoint le mouvement Dor Shalom (génération de paix) dans lequel il a créé « Acharaï » (Après moi), une association destinée à rapprocher la jeunesse «périphérique» du vécu sioniste et démocratique, et qu’il a dirigé pendant quinze ans; cette action lui valut, en 2011, d’être appelé à allumer l’un des douze flambeaux qui ouvrent traditionnellement la fête nationale israélienne.

– Yishaï Sarid est avocat et écrivain. Trois de ses livres sont parus en traduction française: Une proie trop facile, Le poète de Gaza et Le Troisième Temple, tous aux éditions Actes Sud.

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