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Blocage politique à la Knesset – saison 4

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Dessin de Biderman dans Ha’aretz

Le 5 avril le président Rivlin a reçu les délégations des treize listes, ayant franchi le seuil électoral minimum, pour leur demander leur candidat pour former le nouveau gouvernement, suite à ce quatrième tour des élections législatives depuis 2 ans.
Ce même jour, le procès de l’actuel Premier ministre, Benjamin Netanyahou, accusé de fraude, abus de confiance et corruption a recommencé par l’audition des témoins à charge. Ce hasard du calendrier témoigne de la crise institutionnelle et morale dans lequel se trouve le pays.
Pour analyser les chances d’en sortir, nous devons revenir au résultat des dernières élections.

Tout d’abord le taux de participation a baissé de 3 points depuis le 3ème tour de mars 2020, ce qui témoigne d’une lassitude de la population devant ces élections à répétition. Mais il est intéressant d’analyser plus finement les partis qui ont subi directement cette baisse de voix pour en comprendre les messages :
– Les deux partis arabes (Liste unifiée et Raam), d’abord, qui ont perdu en un an ensemble plus de 200 000 voix et 5 députés, leurs électeurs leur faisant payer le prix de leur division et leur reprochant surtout de ne pas assez s’intéresser à leurs problèmes. Avec 45,6 %, les électeurs arabes ont le taux de participation le plus bas depuis 2001.
– Le Likoud ensuite qui a perdu près de 300 000 voix avec une chute de près de 20 % dans ses bastions des villes du Sud. Certains de ses électeurs se sont reportés sur la liste dissidente « Tikva khadasha » (Nouvel espoir) de Gidéon Sa’ar ou se sont tout simplement abstenus.
– Les deux partis orthodoxes conservent le même nombre de députés alors qu’ils ont chacun environ 10 % de voix en moins depuis un an. Une part de leurs électeurs a répondu à l’appel de Netanyahou leur demandant de voter pour la liste des sionistes religieux – qui inclut en son sein des députés kahanistes – afin de s’assurer qu’elle passe le seuil minimum, ce qui est le cas avec 6 députés.
– Les deux listes du centre (Yesh Atid et Bleu Blanc) et les deux listes de gauche (Avoda et Meretz) totalisent ensemble près de 1 374 000 voix, soit environ 114 000 voix de moins que l’an dernier. Mais alors que les listes du centre perdent près de 317 000 électeurs, les listes de gauche en ont gagné près de 203 000. On estime que la plupart des électeurs, qui ont fait défaut aux listes du centre, se sont reportés sur la nouvelle liste de Gidéon Sa’ar, espérant trouver en lui un candidat susceptible de battre Netanyahou. Certains ont même pu voter, pour la même raison, pour la liste de Naphtali Bennett, Yamina – qui a obtenu 33 000 voix de plus qu’en 2020.

En conclusion on constate une plus forte mobilisation de l’électorat du centre et de la gauche que celui de la droite, ce qui a permis aux deux partis de gauche de faire un relatif bon score : 7 pour Avoda et 6 pour Meretz. Rappelons que depuis 2015 ces deux partis ont du mal, qu’ils se présentent séparément ou sur une liste commune, à faire élire ensemble plus d’une dizaine de députés. Une semaine avant ce quatrième tour en 2 ans, les sondages prévoyaient que le Meretz risquait de ne pas franchir le seuil minimum de 4 députés. Et il y a 2 mois, c’était le parti travailliste qui ne le franchissait pas. Ce qui aurait été un tournant historique où l’on aurait vu l’un ou les deux héritiers des deux partis ayant joué un rôle majeur dans la création de l’État, le Mapaï et le Mapam, qui à eux seuls rassemblaient une majorité de plus de 60 députés pendant les premières Knesset, disparaitre de la carte politique.

Le tableau suivant présente les résultats de toutes les élections depuis février 2003. A l’exception de celle de mars 2006, qui avait vu pour la dernière fois la victoire d’un gouvernement de centre gauche dirigé par Ehoud Olmert, toutes les élections ont été gagnées par le Likoud. Et depuis 2009, avec Benjamin Netanyahou à sa tête, ce parti domine la scène politique israélienne.


Deux conclusions peuvent être tirées de l’examen de ce tableau :
– En 20 ans les partis représentant le centre se sont installés de façon pérenne entre la droite et la gauche.
– L’ensemble centre et gauche ne recueille au mieux qu’un peu plus du tiers des votes et à 20 ans d’intervalle, on constate une relative stabilité de ce résultat, sauf que le poids relatif de la gauche a été divisé par 2 par rapport à celui du centre. Il avait même été divisé par 3,5 en 2020 où beaucoup d’électeurs de gauche avaient privilégié un vote utile en choisissant la liste Bleu Blanc de Benny Gantz.

Quelles perspectives maintenant ?
Ces élections, comme les précédentes, ayant tourné autour de la personnalité de Netanyahou, ni le bloc des « pro Bibi » (avec 52 députés) et ni celui des « anti Bibi » (avec 57 députés) n’est en mesure d’atteindre le chiffre magique de 61 voix pour former un gouvernement. Netanyahou – qui se présentait pourtant dans les conditions les plus favorables pour lui, après avoir réussi à obtenir les millions de vaccins ayant permis Israël de vaincre l’épidémie et après avoir signé des accords de paix avec plusieurs pays sunnites – a été désavoué pour la quatrième fois consécutive par la majorité de la population. Deux listes n’ont pas choisi à ce jour leur camp : celle de Bennett – qui a 7 députés – et celle de Ra’am – qui en a 4 -, un parti proche des Frères musulmans, dirigé par Mansour Abbas. A moins de défections d’un camp vers l’autre, on est entré dans une phase de négociations qui va durer plusieurs semaines.
Cependant ces élections marqueront un tournant dans l’histoire du pays parce que, pour la première fois, compte tenu du blocage, les deux camps ont besoin du vote des partis arabes pour que leur candidat devienne le prochain Premier ministre. Netanyahou, ayant encouragé l’éclatement de la Liste arabe unie qui a permis au parti « islamiste » Ra’am d’être représenté avec 4 députés dans la nouvelle Knesset, a d’une certaine façon « cacherisé » le vote arabe. L’intervention le 1er avril de Mansour Abbas, où, s’adressant en hébreu en prime time sur toutes les chaînes de télévision, il a appelé, « en son nom et en celui de ses électeurs, à créer une opportunité pour la coexistence sur cette terre sainte, bénie par trois religions et deux peuples », tout en ne rappelant pas son identité palestinienne, s’abstenant de choisir un des deux camps, est un signe de ce changement. Souvenons-nous qu’il y a seulement un an, Gantz n’avait pas pu accéder au pouvoir à cause du refus de certains députés de son parti de s’appuyer sur le vote arabe.
A l’heure où vous lirez cette newsletter le président Rivlin, aura sans doute désigné un candidat pour tenter de former un gouvernement. Il a affirmé, s’attirant les critiques de la garde rapprochée de Netanyahou, qu’il choisira celui qui aura le plus de chances de réussir à le faire et qu’il espérait que « les élus entendront les demandes de la population pour des connexions non conventionnelles et des coopérations entre les différents secteurs de la société pour le bien des citoyens d’Israël ». De leur côté les organisateurs du mouvement de contestation ont déjà appelé à une reprise des manifestations devant l’éventualité que Netanyahou puisse être désigné à sa propre succession, alors que son procès vient de recommencer.

Dans les différents médias, les commentateurs politiques se succèdent pour présenter leur scénario de sortie de crise. Et parmi tous ceux-ci, celui d’un cinquième tour n’est sans doute pas le moins improbable !

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