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Le réseau juif européen pour Israël, pour la paix
et pour la solution à deux Etats

Jewish European network for Israel, for peace
& for the two States solution

Version française (please see English version below)

Gantz Bibi
Le 9 avril, les Israéliens iront voter pour désigner la 21ème Knesset. Cette élection, sans aucun doute l’une des plus importantes depuis longtemps, va déterminer l’avenir du pays – et ce, au-delà des quatre prochaines années.

Si le Likoud arrive en tête, il sera en mesure de constituer assez facilement une coalition avec les partis d’extrême droite et les partis orthodoxes. Netanyahou sera alors reconduit au poste de Premier ministre, et on peut s’attendre à ce qu’il poursuive et accentue la politique qu’il a menée depuis 2015: division du pays, attaques contre les institutions et les médias, promulgation de lois liberticides…

Mais ce scénario n’est pas si sûr. En effet, si les derniers sondages attribuent 30 députés à la liste Bleu-Blanc dirigée par Benny Gantz et 26 au Likoud, tout en projetant une majorité de 64 députés pour le bloc de droite contre 56 pour celui de gauche, tous les commentateurs reconnaissent qu’il est, pour la première fois, difficile de prédire les résultats, et que les sondages ne sont peut-être pas si fiables. Plusieurs scénarios sont donc possibles, et ils dépendront d’un certain nombre de facteurs:

1. Le taux de participation. Israël est un pays où le taux d’abstention est généralement faible. Lors des élections de 2015, le taux de participation a été de 72,3 %; mais, en tenant compte de la forte diaspora israélienne (estimée à 500000 personnes), il était en fait plutôt de 80 %, non loin du taux obtenu lors des premières élections de l’histoire du pays où il se situait autour de 85%. Qu’en sera-t-il cette fois-ci?

En 2015, les derniers sondages n’étant pas bons pour le Likoud, Netanyahou avait lancé à la dernière minute un message télévisé pour mobiliser son électorat, en prétendant que les ONG de gauche avaient loué des cars pour aller chercher et faire voter les électeurs arabes! Cet appel avait conduit à une hausse de la participation dans les dernières heures, et fut sans doute l’élément déterminant qui permit au Likoud d’obtenir une majorité suffisante pour constituer une coalition qui demeura pratiquement stable tout au long de la mandature. Devant les derniers sondages évoqués précédemment, Netanyahou a commencé à appeler l’électorat de droite à venir voter et à mettre le Likoud en tête. Mais cette manœuvre est dangereuse parce qu’elle conduit à siphonner les voix des autres listes de droite, risquant de les faire passer sous le seuil minimum (fixé à 3,25% des votes, ce qui correspond à quatre députés), ce qui fragiliserait le bloc de droite.

2. Le vote des électeurs arabes. Généralement, les électeurs arabes votent moins que les électeurs juifs. S’ils votaient dans les mêmes proportions qu’eux, ils pourraient envoyer une vingtaine de députés à la Knesset. En 2015, les quatre listes «arabes» avaient constitué une liste commune, ce qui leur avait permis d’obtenir 13 députés. Le taux de participation des électeurs arabes avait été de 63,5%. Cette année, deux listes arabes sont en compétition, et l’une d’entre elles (Balad -UAL) risque de ne pas passer le seuil. Si le taux de participation des électeurs est faible, cela jouera en faveur du Likoud.

3. Le nombre de listes dépassant le seuil minimum. Une quarantaine de listes se présentent, ce qui constitue un record. D’après les sondages, seule une douzaine d’entre elles passerait ce seuil. Le Likoud et la liste Bleu-Blanc se partageraient une soixantaine de députés. Cela laisse aux autres listes une soixantaine de postes, et leur donne ainsi un pouvoir bien supérieur à ce qu’elles représentent en réalité. Il est donc difficile de se fier aux sondages, car beaucoup d’électeurs pourraient décider en dernière minute de ne pas voter pour la liste de leur choix, de crainte de perdre leur bulletin si cette liste ne passait pas le seuil. Comment se feraient alors les reports de voix?

4. Le vote des électeurs du Likoud. Suite aux «affaires» où Netanyahou a été mis en cause, certains de ses électeurs traditionnels pourraient aspirer à un changement.

5. L’image de Netanyahou et celle de Gantz. La plupart des électeurs votent en fonction de la tête de liste, et peu d’entre eux connaissent les candidats au-delà des cinq ou des dix premiers (pour les grandes listes). Bien que le système israélien ne soit pas un système présidentiel, le débat qui passionne le pays est de savoir si Benny Gantz a réussi à convaincre une majorité d’électeurs qu’il est capable, autant que Benyamin Netanyahou, de diriger le pays.

Pour la première fois depuis longtemps, un candidat représentant le centre libéral concurrence le «Monsieur Sécurité» du Likoud. Ancien chef d’état-major de Tsahal, et entouré de deux autres anciens chefs d’état-major dont l’un a même été ministre de la défense de Netanyahou, Benny Gantz ne peut pas être mis en défaut sur les aspects sécuritaires. C’est pourquoi Netanyahou ne l’attaque pas sur ce terrain. Il a par contre insidieusement orchestré, depuis deux mois, une campagne d’attaques personnelles le présentant comme quelqu’un incapable de supporter la pression, mettant en cause son intégrité voire son équilibre psychique… Cette campagne haineuse, reposant pour beaucoup sur des « fake news », a contraint Gantz à se défendre contre ces attaques, au lieu de développer son programme.

A contrario, les hommes de Netanyahou n’ont cessé de mettre en valeur son image internationale, faisant valoir le soutien que lui accordent les dirigeants les plus importants de la planète: d’abord Trump qui lui a fait le cadeau de la reconnaissance par les États-Unis de la souveraineté israélienne sur le Golan, après avoir déplacé l’an dernier l’ambassade américaine à Jérusalem; ensuite Bolsonaro, le nouveau président brésilien, qui s’est rendu en visite officielle en Israël à deux semaines des élections et a été le premier chef d’Etat en exercice à se rendre avec le Premier ministre au Mur des lamentations; enfin Poutine, dont l’armée a aidé les Israéliens à retrouver la tombe en Syrie d’un soldat mort au cours de la première guerre du Liban en 1982 – la dépouille de ce soldat ayant été restituée cinq jours avant la date des élections.

6. Le nom de la liste arrivée en tête, et l’écart avec la seconde. Selon la loi, le président Rivlin doit proposer à un membre de la Knesset nouvellement élue le soin de constituer une coalition. A l’exception des élections de 2009, où Tzipi Livni, bien qu’arrivée en tête avec son parti Kadima, n’avait pas réussi à constituer une coalition, tous les Premiers ministres ont été jusqu’à présent les dirigeants de la liste gagnante. Si la liste Bleu-Blanc arrive en tête avec une avance de 3 ou 4 mandats sur celle du Likoud, est-ce que Gantz réussira à attirer à lui des listes qui traditionnellement s’allient plutôt avec la droite,comme Koulanou (une liste centriste à caractère social), ou une des listes orthodoxes? Cela pourrait être envisageable, dans la mesure où un gouvernement dirigé par le Likoud risque, en cas d’une inculpation prévisible de Netanyahou, de devoir retourner aux urnes plus tôt que prévu.

En conclusion, on voit que l’on peut s’attendre à des surprises jusqu’à la dernière minute – et même au-delà, lors des négociations pour bâtir une coalition. Si le bloc de droite est largement majoritaire, il serait logique que Netanyahou, qui a déjà certainement négocié avec ses futurs alliés les conditions de leur ralliement, privilégie une coalition à droite. Mais, son objectif étant avant tout d’éviter une inculpation, il aura certainement préalablement obtenu leur soutien pour ne pas avoir à être déféré devant la justice. Mais ce scénario n’est pas le seul. Et celui où l’on verrait s’établir une coalition entre le Likoud et la liste Bleu-Blanc est loin d’être improbable, surtout si cette dernière devance le Likoud. Un tel scénario aurait pour Netanyahou l’avantage de lui éviter de trop dépendre des extrémistes de droite, dont certains choquent par leurs positions même au sein du Likoud. Quant à Gantz, une telle coalition élargie (surtout si sa liste arrivait en tête, ce qui lui assurerait le poste de Premier ministre), lui permettrait d’acquérir l’expérience politique dont il manque encore et renforcerait son image pour l’avenir.

Dans tous les cas, Israël continuera après le 9 avril à être confronté aux questions essentielles pour son avenir, et au premier chef la question de l’occupation. Des questions absentes d’une campagne électorale qui s’avère avoir été surtout un référendum « Pour ou contre Bibi ».


Lundi 15 avril à 20h30 nous vous proposons d'analyser le résultat des élections israéliennes, alors que seront disponibles les résultats définitifs, incluant notamment le vote des soldats.

Tamar Sebok, correspondante en France du quotidien israélien Yedioth Ahronoth et David Chemla, secrétaire de JCall Europe, à leur retour d’Israël, nous feront part de leurs impressions sur les derniers instants d’une campagne électorale particulièrement électrique et de leurs analyses des rapports de force entre les partis et les blocs qui façonneront la prochaine majorité gouvernementale.

Cercle Bernard Lazare, 10 rue Saint Claude, 75003 Paris
Réservation : contact@jcall.eu
PAF : 5 euros, gratuit pour les adhérents à jour de cotisation

Pour continuer à aider tous ceux qui se battent en Israël à surmonter les peurs et les méfiances réciproques et redonner espoir pour un autre avenir aux deux peuples, nous avons besoin de votre soutien.

English version


On April 9th, Israelis will vote to appoint the 21st Knesset. This election, probably one of the most important for a long time, will determine the future of the country, far beyond the next four years.

If the Likud leads, it will be able to build easily enough a coalition with the far-right parties and the Orthodox parties. Netanyahu will then be reappointed as Prime Minister and may be expected to pursue and intensify the policy he implemented since 2015: division of the country, assault on the institutions and on the media, enactment of legislation curbing freedoms…

However, that scenario won't necessarily happen. If the last polls give 30 deputies to the Blue-White list led by Benny Gantz and 26 to the Likud, while projecting a majority of 64 deputies for the Right-wing Bloc against 56 for the Left-wing, all commentators recognize that for the first time, it is difficult to predict the results, and that the polls are not all that reliable. Therefore, several scenarios are possible, and they will depend on a certain amount of factors:

1.The voter turnout. Israel is a country where the abstention rate is generally low. In 2015 elections, the voter turnout reached 72,3%; but if we take into account the large Israeli diaspora (about 500000 people), it amounted approximately to 80%, not far from the voter turnout obtained in the first elections of the country (about 85%). What will it be this time ?

In 2015, the last polls being bad for the Likud, Netanyahu had broadcasted at the last minute a message on TV, pretending that Leftist NGO's had rented buses to collect Arab voters and drive them to the polling places ! That call had resulted in a higher participation of voters during the last hours of the day, and was probably the decisive element that allowed the Likud to get a confortable enough majority to build a coalition that remained somewhat stable during the whole mandate. Facing the last polls we mentioned earlier, Netanyahu started calling the Right-wing voters to come and vote in order to put the Likud in the lead. But that maneuver is dangerous since it means siphoning off the votes of the other lists from the right, which might go under the minimum threshold (set at 3,25% of the votes, equal to 4 deputees) which would undermine the Right-wing Bloc.

2.The vote of Arab electors. Arab electors generally vote less than Jewish electors. If they vote in the same proportion as Jews, they could send about twenty deputies to the Knesset. In 2015, the four "Arab" lists had worked up a common list, which allowed them to obtain 13 deputees. The voter turnout of Arab electors had been 63,5%. This year, two Arab lists are in competition, and one of them (Balad – UAL) might be unable to cross the threshold. If the voter turnout is low, it will be for the benefit of the Likud.

3.The number of lists crossing the minimum threshold. About fourty lists are running for elections, which is some kind of record. According to polls, only a dozen of them will cross that threshold. The Likud and the Blue-White list would share about 60 deputies. It leaves about sixty seats to other lists, and gives them a power that seems out of proportion, compared to what they actually represent. It is thus difficult to rely on polls, since most electors could decide at the last minute to give up voting for the list they had previously chosen, for fear of losing their ballot in case that list does not cross the threshhold. In that case, how would they transfer their votes ?

4.The vote of the Likud electors. Following the " affairs" Netanyahu has been involved in, some of his traditional electors could wish for a change.

5. Netanyahu's image and Gantz's image. Most electors vote according to the head of the list, and few of them know the candidates beyond the five or ten first ones (for big lists). Even though the Israeli system is not a presidential one, there is in Israel a vibrant public debate about Gantz''s capacity to convince a majority of electors that he is as able as Benyamin Netanyahu to lead the country.

For the first time in years, a candidate representing the liberal center is competing with the Likud's "Mr Security". Ex-IDF Chief of Staff, surrounded by two ex-chiefs of staff (one of them being an ex-Defense Minister of Netanyahu), Benny Gantz cannot be put at fault on security matters. This why Netanyahu does not challenge him on that ground. However he has insidiously mounted these last two months a campaign of personal attacks, describing him like a man who is unable to stand pressure, questioning his integrity, and even his psychological balance… This hate campaign, based mostly on fake news, has forced Gantz to defend himself instead of developing his program.

On the other hand, Netanyahu's men never ceased to highlight his international image, insisting on the support given to him by the most important leaders of the planet: first of all, Trump who offered him the U.S. recognition of the Israeli sovereignty over the Golan, after having transfered last year the American embassy to Jerusalem; then Bolsonaro, the new President of Brazil, who came to Israel on an official visit two weeks before the elections and who has been the first sitting head of State to go to the Western Wall with the Prime Minister; and finally Poutine,whose army helped the Israelis to find the grave, in Syria, of a soldier dead in 1982, during the fist war of Lebanon; this soldier's remains have been returned five days before the elections.

6.The name of the leading list, and the gap with the second list. According to the law, President Rivlin must ask one member of the newly elected Knesset to build a coalition. Except for the 2009 elections, when Tzipi Livni, even though she had obtained the best score with Kadima, had been unable to build a coalition, all Prime Ministers have been so far the leaders of the winning list. If the Blue-White list wins with an advance of 3 or 4 mandates over the Likud, Gantz will he be able to attract lists that traditionally ally themselves with the right, like Kulanu (a centrist list socially oriented), or one of the orthodox lists ? It could be an option, since a government led by the Likud might have to go back to the polls earlier than expected, in case of a predictable indictment of Netanyahu.

In conclusion, we may expect surprises till the last minute—and even after that, during the necessary negotiations to build a coalition. If the Right-wing Bloc acquires a large majority, it would make sense that Netanyahu, who has surely negotiated already with his future allies the conditions of their rallying, would be in favor of a coalition of the right. However, his main purpose being to avoid an indictment, he will undoubtedly have ensured their support in order to escape being brought to justice. But this is not the only scenario. The possibility of a coalition between the Likud and the Blue-White list is far from unlikely, especially if the last one gets ahead of the Likud. Such a scenario would advantage Netanyahu by sparing him from being too dependent on the right-wing extremists, whose ideologies shock people, even within the Likud. As for Gantz, such a broader coalition (especially if his list was leading, which would ensure him the post of Prime Minister) would allow him to get the political experience he does not have yet, and would strengthen his image for the future.

In any case, Israel will continue after April 9th to face issues which are essential for its future, and first of all the issue of occupation. Issues missing in an electoral campaign that has been mostly a referendum: "For or Against Bibi".




Monday, April 15th, at 8.30 p.m., we invite you to attend the meeting co-organized by La Paix Maintenant to analyse the results of the Israeli elections with Tamar Sebok, Paris correspondent of the newspaper Yediot Ahronoth and David Chemla, European secretary of JCall.

Cercle Bernard Lazare, 10 rue Saint Claude, 75003 Paris
Reservation: contact@Jcall.eu
Contribution to costs: 5€, free for our members who have paid their fees.
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