Peres à l’Europe : « Abbas partenaire pour la paix »

Shimon Peres a effectué une tournée d’explication auprès de l’Union Européenne (UE) du 5 au 12 mars. Pour le président de l’Etat d’Israël  il s’agissait d’améliorer les relations politiques entre Jérusalem et Bruxelles et de faire valoir plusieurs positions stratégiques. Shimon Peres a donc rencontré les principaux dirigeants européens et s’est adressé solennellement aux parlementaires de l’Union à Strasbourg. Il est également passé par Paris où l’attendait François Hollande, président de la République française, pour une séance de travail sur les sujets les plus brûlants du Moyen-Orient : l’Iran, le Hezbollah, le « Printemps arabe » et la guerre en Syrie, la reprise des négociations entre israéliens et palestiniens. Parallèlement, Shimon Peres a participé à plusieurs cérémonies commémoratives.

 

Le président de l’Etat d’Israël a effectué un véritable marathon diplomatique entre Jérusalem, Bruxelles, Paris et Strasbourg. Shimon Peres,  « la mémoire de l’histoire», comme l’a amicalement surnommé François Hollande, a enchaîné réunions, discours et conférences de presse à un rythme impressionnant. Le 5 mars, il récompense onze « Justes » de Belgique ; le lendemain, il rencontre l’EFI (groupe de parlementaires européens amis d’Israël), puis confère avec le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy. Le 7 mars, il s’entretient avec Anders Fogh Rasmussen, secrétaire général de l’OTAN et ensuite  avec José Barroso, président de la Commission européenne. Le  8, il déjeune avec François Hollande à l’Elysée avant de tenir ensemble une conférence de presse. Le l0 mars, il commémore la mémoire des victimes du terrorisme islamique  à Toulouse et, à cette occasion, il rencontre les imams français qui s’étaient rendus en Israël et dans les Territoires palestiniens il y a quelques semaines. Le  lendemain, il participe à une séance de travail avec Laurent Fabius, Ministre français des affaires étrangères. Finalement, le 12 mars, il prononce son discours solennel devant le Parlement européen…

A 90 ans,  Shimon Peres est venu soutenir la position de son pays face à l’Union Européenne et répondre aux critiques qui émanent de ses institutions. Certes, le président de l’Etat d’Israël a peu de pouvoir et ses prérogatives sont essentiellement de représentation mais Shimon Peres, prix Nobel de la paix, comptait sur son prestige personnel et son expérience diplomatique pour convaincre ses partenaires européens de la justesse des positions stratégiques de son pays. Et puis, les circonstances de son voyage sont bien particulières, la venue de Shimon Peres coïncide avec la mise en place d’un nouveau gouvernement en Israël, la réélection du président des Etats –Unis et les incertitudes du « Printemps arabe ».

Dissonances entre Jérusalem et Bruxelles

Avant d’entreprendre ce voyage, Shimon Peres savait que la tâche serait rude. « Les dissonances entre Bruxelles et Jérusalem sont de plus en plus vives », constataient, quelques jours avant son départ, des diplomates israéliens cités par le quotidien « The Jerusalem Post ». A la source de ces « dissonances » on trouve la critique que les instances européennes portent sur la politique israélienne d’implantations en Cisjordanie. Font autant polémique, les mesures que les instances européennes ont prises pour le « marquage » des produits israéliens manufacturés au-delà des frontières d’avant 1967. Ces produits ne bénéficieront plus des droits de douane préférentiels garantis à Israël dans le cadre des accords de libre échange avec les pays de l’Union Européenne. Peut-être pire, ces produits clairement identifiés pourraient aisément faire l’objet du boycott des organisations antisionistes. D’une manière générale, le personnel politique de Jérusalem reproche à Catherine Ashton, Haute représentante de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, d’être « plus rapide à sanctionner les produits israéliens des Territoires que de mettre le Hezbollah sur la liste des organisations terroristes ». A ces critiques parfois virulentes, Andreas Reinicke, le représentant spécial de l’Union Européenne pour le Moyen-Orient, rétorque que « les éléments positifs de notre bonne relation avec Israël sont souvent oubliés. Il y a presque 1000 projets de développement scientifique, de coopération culturelle et économique. De plus, l’agrément d’association a largement ouvert l’Europe aux produits israéliens ».

Justement, le développement économique et scientifique comme moteur de la paix au Moyen-Orient a été l’un des messages portés par Shimon Peres à l’intention de l’Union Européenne. A ce propos, il a souligné, devant les parlementaires européens de l’EFI, que « le Moyen-Orient est en profonde mutation et pendant ce temps nous voyons des jeunes souffrir de faim, de discrimination et de chômage. Israël n’est qu’une petite partie de cette région du monde, mais je crois que l’Europe et Israël doivent s’associer pour faire en sorte que ces pays connaissent un avenir meilleur. »

S’opposer au nucléaire militaire iranien

Si le thème du développement économique a bien été récurrent, ce n’était cependant pas celui que Shimon Peres souhaitait traiter en priorité. Le président de l’Etat d’Israël a estimé plus fondamental de s’opposer au projet nucléaire militaire de l’Iran. Devant le Parlement européen il a déclaré : « Personne ne menace l’Iran mais l’Iran menace les autres. Il met en danger l’indépendance des pays Arabes, il menace l’existence même de l’état d’Israël. L’Iran introduit des armes dans de nombreux pays et menace leur stabilité. Ce pays dénie la Shoah et appelle à une nouvelle Shoah. L’Iran essaie d’obtenir l’arme nucléaire tout en ne le reconnaissant pas. Une bombe nucléaire dans les mains d’un régime irresponsable est un danger imminent pour le monde entier ».

Cliquer pour lire le discours complet de Shimon Peres au Parlement européen

Inscrire le Hezbollah comme organisation terroriste

Toujours au titre des priorités, Shimon Peres a insisté pour que l’Union européenne inscrive le Hezbollah sur sa liste des organisations terroristes en arguant de sa dangerosité : « Le mois dernier, le gouvernement de Bulgarie, un membre de l’Union Européenne, a signifié qu’il avait identifié le Hezbollah comme responsable de l’attentat de Burgas. Cinq touristes israéliens et un citoyen bulgare ont trouvé la mort dans cette tragédie. Distingués membres du Parlement, votre choix est hautement respecté, j’en appelle à vous, appelez terreur la terreur. Sauvez le Liban de la folie terroriste. Sauvez le peuple syrien des hommes de main de l’Iran. Sauvez vos citoyens et vous-mêmes du Hezbollah. La communauté internationale doit désigner le Hezbollah en tant qu’organisation terroriste ».

Sur ces deux sujets hautement stratégiques, seul François Hollande a apporté une réponse publique aux demandes du Président de l’Etat d’Israël. Au cours  d’une conférence de presse commune, le président de la République a précisé la position de la France.

– D’abord, au sujet de l’Iran : « Nous avons aussi parlé de l’Iran et j’ai dit combien nous voulions renforcer, autant qu’il sera possible et nécessaire, les sanctions. Elles sont d’ailleurs efficaces et doivent convaincre les autorités iraniennes de prendre les négociations avec le plus grand sérieux et de trouver une issue qui permette de donner toutes les garanties que l’Iran, grand pays, n’a pas à accéder à l’arme nucléaire. Parce que ce serait une menace, non pas simplement par rapport à Israël mais par rapport à l’ensemble du monde – ce qui d’ailleurs confère à la communauté internationale une responsabilité particulière. »

– Ensuite, à propos du Hezbollah : « Nous tirons toutes les conclusions de l’enquête qui est en cours, en Bulgarie, après l’attentat qui a eu lieu. Ce sera une position européenne qui sera adoptée ».

Cliquez pour lire le texte de la conférence commune de François Hollande et Shimon Peres 

Le processus de paix entre Israéliens et Palestiniens au centre des interventions des dirigeants de  l’Union Européenne

Bien entendu, la reprise du processus de paix entre israéliens et palestiniens a été au cœur de tous les débats. François Hollande a largement abordé ce sujet alors qu’Herman Van Rompuy, président du Conseil européen, et José Barroso, président de la Commission européenne, en ont chacun fait l’axe principal de leurs discours. « L’Union Européenne reste très attachée à la solution des deux Etats. Deux Etats vivant côte à côte en paix et dans la sécurité. Nous encourageons donc les deux parties à mettre en œuvre toutes les mesures nécessaires pour que les négociations de paix reprennent. Toute action qui contrevient à la solution des deux Etats doit être clairement évitée », a indiqué José Barroso.

Tout au long de son périple diplomatique, Shimon Peres est donc revenu systématiquement sur la question du processus de paix, ne serait-ce que pour répondre aux interrogations de ses interlocuteurs. A  plusieurs reprises il a réitéré sa confiance au président de l’Autorité palestinienne, devant les parlementaires européens de l’EFI il s’est félicité de « bien connaître Mahmoud Abbas, c’est un homme de paix et je crois qu’une solution peut être trouvée ».

Par ailleurs, lors de son discours solennel devant le Parlement de Strasbourg, le président de l’Etat d’Israël a tracé les contours de la nouvelle conjoncture politique favorable à la reprise des pourparlers avec l’Autorité palestinienne : «Très prochainement, Israël connaîtra la composition de son gouvernement. C’est une occasion de reprendre les négociations de paix. De réaliser la solution des deux Etats, il n’y a pas d’autre solution… La semaine prochaine, nous accueillerons le président Obama en Israël avec beaucoup de respect. Son soutien à notre sécurité est extraordinaire et sa dévotion à la paix est inébranlable ».

Israël inquiet pour la sécurité de ses frontières au nord

Les retombées du « Printemps arabe », en particulier la situation du conflit en Syrie, ont été également à l’ordre du jour, notamment avec Anders Fogh Rasmussen, secrétaire général de l’OTAN. Shimon Peres a fait part des inquiétudes de son pays quant à la sécurité de sa frontière nord, tant en Galilée que sur le Golan. Israël craint l’extension des combats et la déstabilisation du Liban par le Hezbollah engagé militairement dans un soutien sans failles au régime de Damas. Pour sa part, lors de la conférence de presse commune, François Hollande est revenu sur les initiatives politiques prises par la France afin que la guerre civile cesse en Syrie. Il s’agit de  reconnaître « un gouvernement qui serait constitué par l’opposition actuelle, la Coalition qui s’est formée et l’appui de la communauté internationale pour lui venir en soutien de façon à ce qu’une transition politique puisse intervenir. Le président de la République a rappelé : « J’avais moi-même fait encore, récemment à Moscou, la proposition qu’il puisse y avoir une ou plusieurs personnalités choisies pour assurer les discussions permettant cette transition politique et qui puissent être acceptées par le régime et par l’opposition. Mais nous voyons bien que cela ne peut plus passer par Bachar El Assad. »

Shimon Peres a rencontré les imams français qui s’étaient rendus en Israël et dans les Territoires palestiniens, il y a quelques semaines, à l’occasion de la commémoration des victimes du terrorisme à Toulouse .

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