JCall soutient l’étiquetage européen des produits israéliens en provenance des implantations

La demande de l’Union Européenne d’étiquetage des produits en provenance des implantations israéliennes situées dans les territoires palestiniens n’a rien à voir avec la campagne de boycott d’Israël lancée par le mouvement B.D.S. (Boycott, Désinvestissement, Sanctions). Elle se justifie par l’occupation de la Cisjordanie et elle contient les prémices de la solution « deux peuples, deux Etats » en distinguant les Territoires palestiniens de l’Etat israélien.

Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, qui détient également le portefeuille des Affaires étrangères, a annoncé le 29 novembre 2015 la suspension des relations de son gouvernement avec les institutions européennes impliquées dans le processus de paix israélo-palestinien. Netanyahou réagissait ainsi à la décision de la Commission européenne d’imposer une mention d’origine sur les produits importés en provenance des implantations juives de Cisjordanie. Netanyahou a également annoncé un « réexamen de l’implication des institutions européennes dans tout ce qui a trait au processus diplomatique avec les Palestiniens ».

Dans l’immédiat, la décision de Netanyahou met «hors-jeu» la ministre des Affaires étrangères de l’Union européenne, Federica Mogherini, qui participait aux négociations (pour le moment au point mort) dans la cadre du Quartet (États-Unis, Russie, Union européenne et Nations Unies). Cette décision aura donc, également, comme conséquence de déstabiliser le Quartet qui tente de relancer un processus de paix profondément enlisé. Il s’agit là d’une mauvaise nouvelle alors que « l’Intifada des couteaux » se poursuit en Israël et dans les Territoires palestiniens -plus d’une centaine de Palestiniens et plus d’une vingtaine d’Israéliens ont perdu la vie depuis plus de deux mois – et qu’aucune solution diplomatique ne se profile à l’horizon…

Certes, la mesure de rétorsion prise par le Premier ministre israélien ne concerne que «les institutions de l’U.E. impliquées dans le processus de paix», les Etats européens n’étant pas visés. Mais on sait que les pays amis d’Israël, comme l’Allemagne, les Pays-Bas, la Pologne et la France ont peu apprécié la décision de Netanyahou, « Israël n’a pas annexé les territoires occupés après la guerre de 1967, à l’exception de Jérusalem et du plateau du Golan, donc pourquoi devrions-nous les considérer comme entrant dans l’accord de libre échange entre Israël et l’Union Européenne ? », ont fait remarquer les diplomates en poste à Bruxelles. D’ailleurs, l’U.E. s’est pourtant efforcée de minimiser la portée de sa décision. «C’est une question technique, pas une prise de position politique », a souligné le vice-président de la Commission européenne, Valdis Dombrovskis, lors d’un point presse, rappelant que l’U.E. ne soutenait « aucune forme de boycott ou de sanctions contre Israël ». [1]

Pour sa part, Netanyahou affirme que l’étiquetage européen « soutiendra et encouragera le mouvement international B.D.S. » qui monte en puissance contre l’État hébreu. Mais en Israël beaucoup pensent le contraire : «Nous voyons dans cette mesure européenne un moyen de s’opposer à l’occupation, et par conséquent de soutenir la démocratie israélienne», a affirmé Yariv Oppenheimer, dirigeant du mouvement israélien « La Paix Maintenant », qui relayait sur sa page Facebook une pétition signée par quelques 600 personnalités, dont Elie Barnavi (ancien ambassadeur d’Israël en France), Avraham Burg (ancien président de la Knesset et de l’Agence juive) et Yossi Sarid[2] (ancien ministre de l’Education). Tous les signataires, considèrent comme le parti de gauche « Meretz » que la construction des colonies est le principal obstacle à la solution de deux Etats. Ils voient, d’ailleurs, comme les colons eux-mêmes, dans l’implantation d’entreprises et d’institutions économiques israéliennes en Cisjordanie une prise de position politique. Un étiquetage sur la provenance des produits, déclarent-ils, permettra au contraire aux consommateurs d’acheter un produit israélien en toutes connaissances de cause. En outre un tel dispositif aura pour effet de freiner les campagnes visant à boycotter in distinctement tout ce qui vient d’Israël.[3] Enfin, dans la mesure où il n’existe actuellement pas de négociations qui pourraient mener à une solution négociée du conflit, des mesures distinguant Israël des Territoires palestiniens sont essentielles afin de maintenir la possibilité de créer deux Etats pour les deux peuples.

Par ailleurs, la réaction de Netanyahou ne peut se justifier par des arguments économiques. Le système d’étiquetage mis en place par l’UE concerne à peine 1% des exportations d’Israël vers l’Europe; les retombées sur la balance commerciale d’Israël seront donc quasi nulles. La Confédération des entreprises israéliennes indique que «les produits des Territoires sont déjà soumis à la douane européenne dans la mesure où, depuis 2005, l’Union Européenne ne fait pas appliquer les accords de libre-échange pour les produits issus de territoires situés au-delà de la frontière de 1967. La majorité des produits israéliens exportés ne sont en réalité pas des produits finis, sur lesquels l’étiquetage n’a que peu d’impact». Et des Israéliens ne se sont pas privés de rappeler que l’accord de libre-échange, dont Netanyahou dénonce maintenant les retombées avec véhémence, a été signé en 2005 par… Netanyahou, alors ministre des finances du gouvernement d’Ariel Sharon

JCall s’est toujours résolument prononcé contre les appels au boycott d’Israël et des Israéliens, qui sont relayés aujourd’hui sous l’appellation B.D.S. Le boycott, qui véhicule la négation de l’autre, ne peut que raviver l’angoisse de l’anéantissement que ressentent les Israéliens (une angoisse qui s’ancre dans un passé non imaginaire). Le boycott est également contre-productif, car il affaiblit les forces politiques de la société israélienne – insuffisantes en nombre, mais conséquentes et actives – qui s’opposent au gouvernement de la droite et militent en faveur de la solution «deux États pour les deux peuples». Il est, de plus, injuste parce qu’il ignore tous les autres États qui, au regard de leurs politiques, mériteraient aussi d’être boycottés. Enfin notons qu’en France, il est illégal (arrêt du 21/10/2015 de la Cour de Cassation).

Du point de vue d’Israël, le meilleur moyen de lutter contre le boycott est d’initier une politique fondée sur la reprise des négociations et sur l’acceptation des compromis nécessaires pour parvenir à une solution politique au conflit. C’est pourquoi JCall soutient la démarche européenne d’étiquetage des produits en provenance des implantations juives dans les Territoires palestiniens. Une telle démarche permet de s’opposer à l’inertie diplomatique entretenue par le gouvernement Netanyahou; elle respecte le libre choix du consommateur européen, tout en marquant bien la différence entre un projet politique hostile (le boycott d’Israël) et un projet qui aspire à la coexistence pacifique des peuples israélien et palestinien.

 

[1] Pour Elie Barnavi, cette mesure, qu’il justifie, est « éminemment politique ». Voir son article publié dans le Monde

[2] Yossi Sarid est décédé le 4 décembre 2015

[3] [3] Notons que la mise en place de ces mesures depuis plusieurs années par la Belgique, le Danemark et le Royaume Uni, qui n’ont pas attendu les directives de l’U.E., n’ont pas empêché, au contraire, la croissance des échanges commerciaux d’Israël avec ces pays.

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