Trois questions à Akiva Eldar

«Le temps est un facteur très critique»

 

L’édition française du livre d’Akiva Eldar et Idith Zertal Les Seigneurs de la Terre. Histoire de la colonisation israélienne des territoires occupés vient de paraître aux éditions du Seuil. Né à Haïfa en 1945, Akiva Eldar a été longtemps journaliste au quotidien Haaretz. Ayant pris sa retraite de ce journal, il est aujourd’hui chroniqueur au site Internet Al-Monitor. Akiva Eldar sera l’invité de La Paix Maintenant ce 1er octobre 2013 à 20h30 (CBL, 10 rue Saint-Claude, Paris 3e, métro Saint-Sébastien-Froissart). Il répond ici à nos questions.

 

Croyez-vous que le développement des implantations en Cisjordanie est allé si loin qu’il est désormais impossible de revenir en arrière, ou est-il encore possible de diviser le pays en deux Etats?

Akiva Eldar: La solution du partage du pays n’est pas seulement la meilleure solution politique; c’est la seule solution qui puisse persister dans le long terme. L’état actuel des choses n’a pu se maintenir que grâce à la longue patience des Etats-unis et de l’Union Européenne face à l’entreprise des implantations. Mais, pour peu que l’isolement international d’Israël ait des effets dans les domaines de l’économise et de la défense, l’influence politique des colons diminuera sensiblement. La grande majorité des colons (85%) sont concentrés dans 6,5% de la superficie de la Cisjordanie. De ce fait, il est encore possible de parvenir à l’accord nécessaire, qui repose sur les frontières de 1967 avec des rectifications effectuées par consentement mutuel. Les Palestiniens ont déjà accepté que les quartiers juifs de Jérusalem-Est demeurent sous souveraineté israélienne.

 

Pensez-vous que, si le gouvernement décide un retrait de la plus grande part des territoires, la société israélienne sera en mesure de soutenir une telle décision et d’en payer le prix malgré l’opposition des colons?

Akiva Eldar: Je crois que, dans le cadre d’un référendum, la majorité de la population israélienne approuvera un accord reposant sur les frontières de 1967 avec des échanges de territoires. Cela impliquera l’évacuation de quelque 120 000 colons, soit environ 30 000 familles. Les Palestiniens accepteront le maintien sur place d’un certain nombre d’implantations, sur la base d’une totale égalité des droits (comme dans le cas des Arabes israéliens). Les sondages indiquent qu’une fraction négligeable des colons s’opposeront de force à l’évacuation et ne se contenteront pas de compensations financières. Cependant, on constate un glissement accentuée vers la droite au sein de la population, et plus particulièrement au sein de l’armée. C’est pourquoi le temps est un facteur très critique.

 

A la fin de l’introduction à votre livre, vous annoncez le commencement de «la troisième Intifada». Croyez-vous que les négociations en cours pourraient changer les choses? 

Akiva Eldar: Je crois que si les négociations aboutissent à une impasse au terme des neuf mois que John Kerry leur a alloués, Abou Mazen [Mahmoud Abbas] ne pourra continuer de gouverner et qu’il risque de démanteler l’Autorité palestinienne. Il est peu probable que les Etats donateurs, parmi lesquels l’Union Européenne, continueront de financer l’Autorité palestinienne – y compris la police palestinienne, qui est un frein aux activités terroristes. Tôt ou tard, les provocations des jeunes colons et les incursions de l’armée israélienne en zone A [la partie de la Cisjordanie  qui, depuis les accords d’Oslo, est intégralement gérée par l’Autorité palestinienne] conduiront à des affrontements violents qui pourraient se transformer en Intifada. Il est certain, par ailleurs, que le «printemps arabe» a une influence sur les jeunes Palestiniens, qui perdent toute confiance dans leurs dirigeants et n’acceptent plus leur coopération avec Israël.

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